
Tel un phare de pierre, le colosse de Gomateshvara veille sur la cité de Shravanabelagola, guidant le voyageur avec une bienveillance millénaire. Haut lieu du jaïnisme, ce sanctuaire de roches et de palmeraies baigne dans une profonde quiétude.
É tablie à 150 kilomètres de Bangalore, au coeur du Karnataka ,Shravanabelagola – dont le nom signifie littéralement « l’étang blanc de Shravana » – s’articule autour de deux promontoires rocheux sacrés : Vindhyagiri et Chandragiri. C’est le bassin du biligola lui-même, lové avec grâce entre ces deux collines, qui a offert à la cité son nom poétique.

Haut lieu du jaïnisme depuis plus de deux millénaires, la cité tire ses origines de la venue de Bhagavan Bhadrabahu, éminent Acharya originaire d’Ujjain. Accompagné de ses disciples, ce maître spirituel choisit Shravanabelagola pour sanctuaire.
C’est sous son influence que Chandragupta, le premier empereur Maurya ayant régné sur une vaste étendue de l’Inde entre 321 et 298 avant J.-C., se retira à son tour dans ces terres après avoir abdiqué en faveur de son fils.

Du haut de la colline de Vindhyagiri, à 130 mètres d’altitude, se dresse le majestueux colosse de Gomateshwara. Haute de 18 mètres et sculptée d’un seul bloc de granit en 981 par le général Chavundaraya, cette statue monolithique – visible à trente kilomètres à la ronde – s’impose comme l’une des plus colossales au monde.

Également connu sous le nom de Bahubali, ce dernier était le fils d’Adinath, le premier Tirthankara. Vainqueur d’un duel fratricide l’opposant à son frère Bharata pour la succession au trône, Bahubali fut pris de remords face à la vanité de cette lutte. Il renonça à sa couronne et aux plaisirs terrestres pour s’immerger dans une méditation immobile d’une année entière, au point de laisser des lianes s’enrouler autour de ses jambes. C’est au terme de cette ascèse qu’il atteignit l’état de suprême béatitude, le Kevali Arihantha.


On accède au sanctuaire de Gomateshwara après avoir gravi plus de 600 marches taillées à même la roche. Sur ce chemin d’ascèse se dresse le temple d’Odegal (Trikuta Basti), un sanctuaire tripartite abritant des représentations de Tirthankaras sculptées dans le schiste. La cellule principale met en valeur une noble figure d’Adinath (le premier des vingt-quatre saints jaïns) flanquée de deux porteurs de chamara.


Tous les douze ans, des milliers de fidèles se rassemblent au pied du colosse de Gomateshwara pour célébrer le Mahamastakabhishekam. Cette cérémonie spectaculaire voit la statue se parer de mille éclats et couleurs tandis qu’on y déverse une succession d’offrandes sacrées : jus de coco, jus de canne, lait, ghee, safran, curcuma, pâte de santal, sans oublier des pièces d’or et des pierres précieuses. Après l’édition de 2018, la prochaine grande célébration de ce rituel séculaire est programmée pour 2030.

Face à la colline de Vindhyagiri s’élève celle de Chikkabetta, également connue sous le nom de Chandragiri. Au sommet de ce promontoire rocheux de 61 mètres se dresse un remarquable ensemble de sanctuaires, parmi lesquels plusieurs monuments se distinguent :
Le Brahmadeva Stambha, un immense pilier décoratif dont la base carrée arbore de superbes sculptures sur ses quatre faces – Kushmandini au nord, Padmavathi au sud, un Yaksha à l’est et un cavalier au galop (emblème de Brahmadeva) à l’ouest.

Érigé par un marchand jaïn sous le règne du roi de Mysore Chikka Deva Raja Wodeyar (1672–1704), ce pilier honore Brahmadeva, une divinité gardienne d’origine hindoue adoptée par la tradition jaïne, particulièrement vénérée dans le Karnataka.

Le temple de Kattale (ou Padmavathi) abrite l’idole de la Yakshi Padmavathi ainsi qu’une imposante statue en schiste d’Adinath, le premier saint jaïn.

Le temple de Chandragupta se remarque par ses superbes parois sculptées retraçant les grands moments de la vie de l’empereur Maurya.

La grotte de Bhadrabahu considérée comme le sanctuaire funéraire du vénérable maître jaïn, elle conserve, taillés à même la roche, les empreintes de ses pieds (paduka).

La statue de Bharata : étrange et poignante, cette effigie haute de 1,5 mètre représente le frère de Bahubali enseveli jusqu’aux genoux. Taillée dans une variété de stéatite, elle n’a, en réalité, jamais été achevée.


Un mathada, qui désigne un monastère ou un ermitage spirituel jaïn, abrite notamment le mathada basti, un complexe dont l’édifice actuel aurait été restauré au cours du XVIIIe siècle.

De forme carrée, l’édifice est protégé par une galerie vitrée. Il se compose de trois garbhagrihas, ou sanctuaires, et se distingue par ses somptueuses fresques colorées qui illustrent, entre autres, les audiences du roi Krishnaraja Wodeyar III ainsi que la vie des Tirthankaras.


À côté du Mathada Basti se dresse le Bhandara Basadi, un sanctuaire édifié en 1159 par Bhandari Hullayya, trésorier du roi Hoysala Narasimha. Cette structure rectangulaire, soutenue par douze piliers, est également surnommée le « temple des vingt-quatre Tirthankaras » en raison d’un mur entièrement garni des statues de ces saints jaïns. Un magnifique édifice pour achever en beauté la découverte de Shravanabelagola.

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Bonjour Mathini,
J’espère que la visite de ces lieux étonnants sera sur mon périple …