
Des grottes rupestres aux somptueux palais, en passant par les temples, mosquées et stupas, l’Inde abrite un patrimoine architectural sans équivalent. Cette diversité inouïe trouve sa source dans une histoire millénaire, façonnée par l’assimilation successive d’influences politiques, culturelles et religieuses. La genèse de cet art de bâtir s’enracine dans la vallée de l’Indus (2700-1700 av. J.-C.). Établie aux côtés de la Mésopotamie et de l’Égypte antique, cette civilisation urbaine pionnière se distinguait par un urbanisme remarquable : des cités de briques structurées, un système de drainage avant-gardiste et des bains publics sophistiqués qui témoignent d’un raffinement technique exceptionnel pour leur époque.
Les débuts de l’architecture monumentale en Inde trouvent un tournant décisif dans l’essor du bouddhisme, structuré à travers des dynasties successives et l’émergence d’innovations artistiques majeures.

L’art monumental émerge véritablement avec le règne d’Ashoka le Grand (273-236 av. J.-C.). Sa conversion au bouddhisme impulse la construction de nombreux édifices, à l’instar du Grand Stupa de Sanchi, qui demeure la plus ancienne structure en pierre de l’Inde. Dérivé du tumulus funéraire, le stupa s’impose comme l’édifice reliquaire bouddhiste par excellence.


Parallèlement, l’architecture rupestre, taillée directement dans la roche, connaît un essor exceptionnel, servant aussi bien le bouddhisme que le jaïnisme et l’hindouisme. Les complexes d’Ajanta, d’Ellora et d’Udayagiri en demeurent les témoignages les plus spectaculaires.

Entre les débuts de l’ère chrétienne et l’avènement de la dynastie des Gupta (320 ap. J.-C.), l’art indien connaît une mutation profonde qui orientera toute son évolution ultérieure.
Dans la statuaire hindoue, les corps dressés s’assouplissent et s’animent grâce à la célèbre triple flexion (tribhanga), une ondulation sensuelle qui insuffle mouvement et vie à la pierre.

Le modèle bouddhique : la représentation humaine du Bouddha atteint son apogée sous les empereurs Guptas (IVe-VIe siècles) et devient un canon esthétique majeur.

Les tirthankaras (saints) du jaïnisme sont désormais figurés à l’image du Bouddha, qu’ils soient debout ou assis en posture du lotus.

L’adoption généralisée de la figuration humaine à travers ces trois grandes traditions — bouddhisme, jaïnisme et hindouisme — rend indispensable la création d’un nouvel écrin architectural voué à abriter les idoles : c’est la naissance du temple indien.
Débutant avec le règne de Chandragupta en 320 après J-C, la période classique englobe l’art gupta (4e-5e siècle) et l’art dit post-gupta (5e siècle à environ milieu du 8e siècle), rassemblant des écoles héritières de la tradition gupta, au premier rang desquelles figurent celles des Chalukya de Badami et leur remarquables édifices de Aihole, Badami et Pattadakal.

L’ensemble de la période est marqué par le déclin du bouddhisme et le développement de l’hindouisme ainsi que la généralisation du culte des idoles anthropomorphes.

Cette période voit aussi le renouveau de l’architecture rupestre avec de brillants développements au service de l’hindouisme et du jaïnisme durant la période post-gupta dans les grottes d‘Ellora, d’Ajanta et d‘Elephanta.

Dès la fin du VIIIe siècle, le paysage artistique se métamorphose avec la prolifération d’écoles régionales aux caractères bien trempés. Un clarté stylistique s’impose alors nettement, creusant le fossé esthétique et structurel entre les traditions septentrionales et centrales d’une part, et le majestueux style dravidien du Sud d’autre part. Portée par l’avènement et la prospérité des royaumes hindous méridionaux, cette architecture du Sud s’épanouit pleinement.

Au cours des VIIe et VIIIe siècles, le Tamil Nadu voit s’épanouir un style architectural original sous l’impulsion des rois Pallava. Cette période fastueuse insuffle un élan remarquable à l’ensemble des arts, qu’il s’agisse de la musique, de la peinture, de la littérature ou de l’architecture. C’est le temps où les sanctuaires de pierre s’affranchissent de la roche pour devenir des constructions monolithes ou assemblées, comme l’illustrent magnifiquement les prestigieux sites de Kanchipuram et de Mahabalipuram.

Sous le règne de la dynastie Chola, le pays tamoul atteint de nouveaux sommets d’excellence dans l’art, la musique et la littérature. Cette période faste trouve ses expressions les plus monumentales dans l’architecture religieuse, incarnée notamment par le magnifique temple de Shiva à Thanjavur— achevé vers 1009 — et par le somptueux temple Airavatesvara à Darasuram, véritables chefs-d’œuvre du style dravidien.

Au Karnataka, la dynastie des Ganga de l’Ouest laisse une empreinte majeure avec le célèbre monument jaïn de Shravanabelagola, érigé au Xe siècle et renommé pour sa colossale statue monolithique de Bahubali.

L’empire Hoysala, qui régna sur le Karnataka du Xe au XIVe siècle, apporte de nouveaux développements majeurs à l’architecture du Sud. Qualifié de style Karnata Dravida, son art architectural se distingue de la tradition dravidienne classique par une exubérance décorative unique, caractérisée par la minutie extrême des sculptures taillées dans le schiste et par ses élégants piliers tournés. Les somptueux temples de Belur, Halebidu et Somnathpur en constituent les plus merveilleux exemples.

L’empire Vijayanagar était une dynastie du Sud basée dans le Deccan. L’empire est nommé d’après sa capitale Vijayanagar dont les vestiges remarquables, classés au patrimoine mondial, nous sont parvenus sont le nom de Hampi, dans le Karnataka.


Du XVIe au XVIIIe siècle, les dynasties Nayak règnent sur le Tamil Nadu. Les souverains de Madurai et de Tanjavur apportent de monumentales contributions à l’architecture du Sud, caractérisée par des temples aux milliers de piliers et par de vertigineux gopurams (tours d’entrée) richement ornés de statues en stuc polychrome. Les temples de Madurai, de Rameshwaram et de Srirangam demeurent les plus flamboyants exemples de ce style.

Les royaumes du Nord semblent moins prolifiques au cours de cette même période, une stagnation qu’il faut rapprocher des invasions musulmanes sévissant dans le nord de l’Inde dès le XIe siècle. Plusieurs dynasties parviennent cependant à maintenir la tradition et poursuivent l’élaboration d’édifices prestigieux.
Le clan Solanki a régné sur le Gujarat de 960 à 1243. Leur capitale, Patan, était l’une des plus grandes villes de l’Inde. En 1026, le célèbre temple de Somnath dans le Gujarat fut reconstruit par cette dynastie. Le puits à étages de Patan, le fameux temple du soleil de Modhera ainsi que les temples jaïns Dilwara du Mont Abu (1031) prennent forme sous cette dynastie.

Cette dynastie qui régna sur Kalinga (Odisha) de 1028 à 1434 descend de la dynastie des Ganga de l’ouest du Karnataka et est apparentée aux Chola. Ils sont à l’origine de l’incroyable temple du soleil de Konark et de celui de Puri.

Du 9e au 13e siècle, les Chandelas ont régné sur le centre de l’Inde. La contribution exceptionnelle des Chandelas est d’avoir construit les fameux temples de Khajuraho au 10ème et 11ème siècles.

Vers les Xe et XIe siècles, l’Inde devient l’objectif du monde islamique. Les musulmans de l’Inde se révèlent de grands bâtisseurs mais, jusqu’au XVIe siècle, ils se contentent principalement d’aménager et de transformer des sanctuaires hindous et jaïns en mosquées.

Naissent ainsi des styles régionaux dits indo-musulmans, particulièrement florissants dans les provinces du Sindh et du Gujarat avec, pour illustre exemple, la mosquée Sidi Sayid à Ahmedabad. Parallèlement, un style impérial et officiel se développe, marqué par la construction du célèbre Qutb Minar à Delhi dès 1226

Le style moghol en Inde constitue un fascinant métissage d’influences islamiques, persanes et indiennes, élaboré au cours des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles de notre ère.

Les Moghols s’installent dans le sous-continent après la victoire de Babur en 1526. Durant son court règne de cinq ans, Babur entreprend la construction d’un nombre considérable de monuments, bien que peu d’entre eux soient parvenus jusqu’à nous.

Son petit-fils Akbar développe ensuite vigoureusement ce style architectural, signant des réalisations aussi fameuses que le mausolée d’Humayun à Delhi, le Fort d’Agra et le somptueux complexe de Fatehpur Sikri. Enfin, le fils d’Akbar, Jahangir, perpétue cette tradition fastueuse en commandant notamment les magnifiques jardins de Shalimar au Cachemire.

L’architecture moghole atteint son apogée absolue sous le règne de Shah Jahan, qui fait édifier des chefs-d’œuvre universels parmi lesquels la mosquée Jama Masjid et le Fort Rouge à Delhi, les somptueux jardins de Shalimar à Lahore, ainsi que le plus célèbre de tous les monuments de l’Inde, le Taj Mahal.

Au cours de la période moghole en Inde, de nombreux princes rajpoutes, issus des clans guerriers du Rajasthan et du Madhya Pradesh, nouent des relations étroites avec les empereurs Moghols et se mettent à leur service dans différents domaines, adoptant dès la fin du XVIe siècle l’architecture, le décor et le faste des Moghols.

Généralement érigés au sommet de collines ou de falaises sous forme de citadelles austères ceintes de murs fortifiés, ces palais révèlent à l’intérieur un raffinement inégalé. Si les plus anciens exemplaires parvenus jusqu’à nous remontent au milieu du XVe siècle à Chittor et Gwalior, les palais de Jaisalmer, aisalmer, Bikaner, Jodhpur, Udaipur et Kota illustrent la pleine maturité de ce style rajpoute, construits pour la plupart au XVIIe et au début du XVIIIe siècle

Avec l’arrivée de la colonisation, un nouveau chapitre de l’architecture indienne s’ouvre. Portugais, Français, Hollandais et Anglais marquent durablement le territoire de leur empreinte en y élevant des édifices qui introduisent dans le sous-continent les styles et les formes artistiques en vogue en Europe
La Grande-Bretagne, qui exerça sa souveraineté sur l’Inde pendant plus de trois siècles, a légué un patrimoine architectural considérable. Parmi les grands centres urbains développés ou administrés durant cette période figurent Madras, Calcutta, Bombay, Delhi, Agra, Bankipore, Karachi, Nagpur, Bhopal et Hyderabad.
Si les Britanniques importèrent d’Europe les canons des styles victorien et néogothique, ils choisirent de les fusionner avec les traditions mogholes et rajpoutes. C’est ainsi que l’art indo-sarracénique associe audacieusement sur un même édifice des dômes majestueux, des arcs gothiques et des tours à horloge d’inspiration britannique.

Le plus éminent promoteur de ce style hybride demeure l’architecte Sir Samuel Swinton Jacob (1841-1917). Sa signature architecturale s’observe sur les plans de nombreuses réalisations majeures, parmi lesquelles le Rambagh Palace et l’Albert Hall à Jaipur, le Lalgarh Palace à Bikaner, ou encore le Mayo College à Ajmer.

À la fin des années 1920, Sir Edward Lutyens s’inspire du répertoire de formes architecturales établi par Sir Samuel pour concevoir les monuments de la nouvelle capitale, New Delhi, tout en revenant à davantage de classicisme alors que l’Art déco souffle un vent nouveau.

Ce style rencontre un succès considérable auprès des maharajas du Rajasthan, qui sont nombreux à faire rénover ou décorer leur résidence dans cet esprit en faisant appel aux meilleurs créateurs européens. Le chantier le plus spectaculaire de cette période demeure le gigantesque Umaid Bhawan, palais des maharajas de Jodhpur conçu par l’architecte H.V. Lanchester, qui s’impose comme l’une des plus grandes résidences privées au monde
La première rencontre entre les Portugais et l’Inde se déroule en 1498, lorsque Vasco de Gama débarque à Calicut, aujourd’hui appelée Kozhikode. Établissant leur principal comptoir à Goa, ils y exercent leur souveraineté pendant quatre cents ans, y laissant un héritage architectural encore très visible aujourd’hui à travers de nombreuses cathédrales, églises, basiliques et séminaires.

La basilique du Bon Jésus, située dans le vieux Goa, demeure l’un des exemples les plus célèbres de cette architecture coloniale portugaise. Par la suite, les Portugais étendent leur emprise en faisant l’acquisition de plusieurs territoires sous le contrôle des sultans du Gujarat, parmi lesquels Daman, Salsette, Bombai, Baçaim et Diu.

Entre 1668 et 1954, l’Inde française rassemble diverses possessions coloniales côtières qui, à partir de 1816, sont officiellement désignées sous le nom d’Établissements français dans l’Inde. Cet ensemble comprend Pondichéry (aujourd’hui Puducherry), Karikal et Yanaon sur la côte de Coromandel, Mahé sur la côte de Malabar, ainsi que Chandernagor au Bengale Occidental.

La ville de Pondichéry illustre particulièrement cet héritage à travers son plan urbanistique calqué sur un modèle français aux rues rigoureusement perpendiculaires, divisant historiquement la cité en deux secteurs distincts : le quartier français, ou Ville Blanche, et le quartier indien, ou Ville Noire
Les Néerlandais sont entrés en Inde avec pour seul intérêt les échanges marchands dans le début du 17ème siècle. Au cours de leurs 200 années en Inde, ils ont colonisé Surat, Bharuch, Venrula, Ahmedabad, le Kerala et Sadras.
Sources
Merci Gaëtan !
Magnifique site sur le monde de l’Inde séculière et religieuse. Super résumé, facile à lire et à comprendre. Je recommande le site aux élèves qui suivent le cours sur l’hindouisme.