
Une fois par an, sous l’éclat de Kartik Purnima, la pleine lune sacrée du mois de novembre, la cité de Pushkar devient le théâtre d’un spectacle unique où le divin rencontre l’âme nomade du Rajasthan. Alors que des milliers de pèlerins affluent vers les rives du lac sacré pour honorer le dieu Brahma dans une ferveur mystique, les dunes environnantes s’animent au rythme de la Pushkar Mela, l’une des plus grandes foires aux dromadaires de la planète.

À mesure que la pleine lune de Kartik Purnima approche, le désert du Thar s’anime d’un mouvement séculaire. Sur les pistes arides menant à la cité sainte de Pushkar, le silence habituel laisse place au martèlement des troupeaux de dromadaires.

Parmi la poussière dorée se dessinent les silhouettes fières des Rabaris. Ce peuple de bergers, gardiens ancestraux des troupeaux, incarne l’âme même de cette migration. Vêtus de leurs turbans volumineux et de leur tunique blanche immaculée, ils pressent le pas malgré l’épuisement. Pour certains, le voyage a commencé il y a plusieurs semaines, parcourant des centaines de kilomètres à pied, guidant avec une autorité naturelle des colonnes de dromadaires s’étirant à perte de vue.


L’arrivée se fait sur la vaste esplanade poussiéreuse qui s’étend à l’ouest de la ville. En un clin d’œil, un océan de tentes de toile brune et de feux de camp surgit du néant. C’est ici, dans cette ville éphémère, que les chameliers installent leur foyer pendant quelques semaines.

Pushkar est en effet le théâtre d’un commerce colossal. Plus de 20 000 dromadaires y sont rassemblés, faisant de ce rassemblement l’une des plus grandes foires aux camélidés de la planète. Les négociations sont un art : entre deux bouffées de bidi (cigarette roulée locale), on inspecte la dentition, la vigueur de la bosse et l’élégance de la démarche.

Bien que le dromadaire soit roi, la foire est aussi le rendez-vous des éleveurs de moutons et chèvres du désert mais surtout de chevaux Marwari, la race noble du Rajasthan, reconnaissable entre mille grâce à ses oreilles incurvées, en forme de croissant de lune, une caractéristique unique chez les équidés.

Le Marwari est l’une des cinq races indigènes de l’Inde ; il est originaire de la région du Marwar au Rajasthan, d’où il tire son nom. C’est un croisement entre des poneys autochtones rustiques et le cheval arabe apporté avec les invasions Mogholes en Inde.

Les Rathores, chefs rajpoutes de la région du Marwar, ont été les premiers à élever les Marwaris, à partir du 12e siècle EC. Les chevaux ont ensuite été utilisés par les Maharajas et dans la cavalerie, le Marwari étant connu pour son endurance et sa souplesse de caractère.
La Pushkar Mela ne peut se résumer à un simple marché aux bestiaux ; elle est avant tout une parenthèse mystique, un moment de ferveur où le temps semble se suspendre. Pour les Hindous, c’est l’un des pèlerinages les plus méritoires de l’année.

Alors que la foire bat son plein sur les dunes, la cité de Pushkar se transforme en un immense temple à ciel ouvert. La sacralité du lieu repose sur une légende fondatrice : le dieu Brahma aurait tué un démon avec un lotus, et les pétales tombés au sol auraient fait jaillir le lac sacré.

Le point d’orgue de la foire est la nuit de la pleine lune du mois de Kartik. On dit que c’est le moment où l’énergie spirituelle est à son apogée. Pour les milliers de pèlerins venus de tout le Rajasthan et des états voisins, se baigner dans le lac à l’aube de cette nuit sainte est un acte de dévotion ultime. On dit que les 330 millions de divinités du panthéon hindou se rassemblent ici pour bénir les eaux.

La Mela est également une gigantesque fête foraine à ciel ouvert, un chaos joyeux où les traditions ancestrales côtoient l’effervescence moderne. L’esplanade vibre au son des concerts de musique traditionnelle et des parcs d’attractions où les grandes roues illuminées défient la poussière du désert.

Entre les étals de chaussures juttis, de coutellerie, de tissus brodés et d’épices, la foire devient le théâtre de fameux concours folkloriques du Rajasthan : les dromadaires, parés de tatouages complexes et de parures multicolores, rivalisent de beauté lors des concours de décoration, tandis que les hommes se mesurent lors du célèbre prix de la plus longue moustache.

Quitter Pushkar, c’est emporter avec soi un morceau d’Inde éternelle. L’air emplit des chants des troubadours et de la clameur des manèges, fait de cette foire une célébration totale, une explosion de couleurs et de vie unique au Rajasthan. Pourtant, le véritable voyage est intérieur. Dans ce chaos sublime, la foire devient une prière collective, un rappel vibrant que la spiritualité en Inde ne se niche pas seulement dans le silence des temples, mais aussi dans la joie exubérante des indiens.


La foire suit le calendrier lunaire hindou (mois de Kartik). Celle de 2026 aura lieu du 17 au 24 novembre.

Pushkar est une ville sainte. Les règles y sont strictes et surveillées :



L’offre hôtelière à Pushkar pendant la foire est très particulière. La ville passe d’un village paisible à une métropole éphémère. Voici les options à privilégier selon votre style de voyage.
C’est l’option la plus emblématique. Des campements de luxe ou semi-luxe sont installés dans le désert, à la lisière de la foire.


Pour les voyageurs qui préfèrent être au calme dans un cadre confortable.


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Merci Simard, bon voyage en perspective ! namaskaram mathini
Elle description
Je vais en repérage dans 2 semaines à Pushkar et y reviendrai vers le 25/10 cette année un peu la foire !
Bundi, j’ai entendu parler, je vais allez visiter également.
Merci pour vos belles pages
Cordialement
Frédéric simard