Navaratri, le festival de la Mère Universelle

Navaratri est l’une des fêtes majeures et les plus emblématiques du calendrier hindou. Célébrée avec une dévotion et une ferveur immenses à travers toute l’Inde, cette festivité s’étale sur neuf nuits et dix jours pour honorer la Mère Universelle, incarnation de la Shakti le principe féminin suprême et la force créatrice primordiale de l’Univers.

Le festival de Navaratri (du sanskrit Nava, « neuf », et Ratri, « nuit ») célèbre quatre fois par an la puissance suprême de la Shakti, marquant chacune des grandes transitions saisonnières : le Magh Navaratri en hiver (janvier-février), le Vasant Navaratri au printemps (mars-avril), l’Ashad Navaratri au début de la mousson (juin-juillet), et enfin le Shardiya Navaratri à l’automne (septembre-octobre).

Différentes représentations de la Shakti

Si les trois premières demeurent des célébrations plus discrètes ou mystiques (souvent appelées Gupt Navaratri), le Shardiya Navaratri, aussi qualifié de Maha Navaratri ou « Grande Navaratri » est incontestablement la plus emblématique et la plus universellement suivie ; elle donne lieu durant neuf nuits et dix jours à des festivités grandioses, mêlant danses populaires, jeûnes rituels et dévotion fervente envers les manifestations divines de la Déesse Mère, célébrant ainsi le triomphe perpétuel de la lumière sur les ténèbres.


Une fête, mille visages


Bien que célébrée à travers toute l’Inde avec la même dévotion envers la Déesse Mère, Navaratri s’exprime de manières spectaculaires et uniques selon les régions, reflétant la formidable diversité culturelle du sous-continent :


Dans l’Ouest de l’Inde : la ferveur de la danse


La danse Garba


Au Gujarat et dans le Maharashtra, Les neuf nuits s’animent au rythme envoûtant du Garba et du Dandiya Raas. Vêtues de tenues traditionnelles aux mille couleurs, les foules s’assemblent pour danser en cercle autour d’une lampe sacrée (Garbha Deep) ou d’une effigie de la Déesse. Ces danses circulaires symbolisent le cycle perpétuel de la vie, de la naissance à la renaissance, avec le divin comme seul centre immuable.


Dans l’Est : le puissant festival de Durga Puja


Rituel sur la statue de Durga pendant Durja Puja

Au Bengale Occidental, la fête prend le nom de Durga Puja et constitue l’événement culturel et spirituel le plus grandiose de l’année. Les villes, en particulier Kolkata se transforment en une immense galerie d’art à ciel ouvert grâce à des milliers de pandals, des structures temporaires richement sculptées et décorées. À l’intérieur, des statues monumentales en argile représentent Durga terrassant le démon Mahishasura. Les festivités s’accompagnent du son frénétique des tambours dhak, de danses incensées (Dhunuchi Naach) et s’achèvent par l’immersion rituelle des statues dans les fleuves.


Dans le Sud : les trois déesses et la tradition du Golu


La tri-Shakti, Lakhsmi, Durga et Saraswati

Au Tamil Nadu, Navaratri est consacrée à la vénération des trois grandes déesses de la Tridevi : Durga (les trois premiers jours), Lakshmi (les trois suivants) et Saraswati (les trois derniers). Cette dévotion aux trois Shakti s’incarne à travers la tradition du Golu (Bommai Kolu). Dans les foyers, un autel à marches impaires (padi) accueille des figurines en argile représentant le panthéon hindou ainsi que des scènes de la vie quotidienne.

Le Golu

Dans le Nord : le théâtre mythologique


Une représentation du Ramlila


Certains états du Nord de l’Inde privilégient la tradition du Ramlila, de grands spectacles théâtraux populaires qui rejouent l’épopée du Ramayana. Durant neuf jours, comédiens et villageois retracent la vie du Seigneur Rama jusqu’au dixième jour (Dussehra), où d’immenses effigies du démon Ravana remplies de pétards sont brûlées pour célébrer la victoire du bien sur le mal. Au Pendjab et dans l’Himachal Pradesh, les fidèles observent de stricts jeûnes et honorent le neuvième jour les jeunes filles (Kanya Pujan), vues comme l’incarnation vivante de la Déesse.


Le triomphe de la lumière


Le dixième jour de Navaratri, couronnement de ces neuf nuits de ferveur, est célébré sous le nom de Vijayadashami ou Dussehra. Il symbolise par excellence la victoire de la lumière sur les ténèbres et du bien sur le mal, mais ses célébrations et ses récits mythologiques varient selon les régions de l’Inde.


La victoire de la déesse Durga (Vijayadashami)


La déesse Durga terrassant Mahishasura

Dans le sud de l’Inde, ce jour commémore l’achèvement de la bataille cosmique et le triomphe de la déesse Durga sur le démon-buffle Mahishasura. La mythologie raconte que ce démon, immunisé par les dieux contre les hommes après de grandes austérités, ne pouvait être vaincu que par une femme. Pour l’anéantir, les divinités réunirent leurs énergies afin de créer Durga, l’armant des attributs les plus puissants : le trident de Shiva, le disque de Krishna, l’arc de Vayu, etc. Grâce à cette puissance combinée, elle terrassa le démon. Aujourd’hui, ce jour symbolise la bataille intérieure que nous menons pour terrasser nos propres ombres et révéler notre vraie nature.


La victoire du dieu Rama sur Ravana (Dussehra)


Dans le nord de l’Inde, le dixième jour est universellement connu sous le nom de Dussehra et est intimement lié au dieu Rama. La légende de l’épopée du Ramayana raconte que lorsque le roi démon Ravana enleva Sita, l’épouse de Rama, pour l’emmener au Sri Lanka, une bataille féroce s’engagea.

Rama terrassant Ravana

Ne parvenant pas à vaincre Ravana, Rama décida d’invoquer la Shakti (la déesse Durga) à travers un rituel exigeant 108 lotus bleus. Ne trouvant que 107 fleurs, Rama, résolu à accomplir le rite, s’apprêta à offrir l’un de ses propres yeux bleus à la Déesse. Touchée par cette dévotion suprême, Durga lui accorda sa bénédiction, lui assurant la victoire finale sur Ravana. En commémoration, d’immenses effigies du démon sont brûlées ce jour-là dans toute l’Inde du Nord au milieu de feux d’artifice.

Les effigies des démons avant leur embrasement (Dussehra Kota)

Une particularité : Bastar Dussehra


Navaratri
Le char de Dussehra – Bastar, Chhattisgarh

Contrairement au Dussehra classique célébrant la victoire de Rama sur Ravana, le Dussehra du Bastar (Chhattisgarh) est unique : les tribus y honorent Devi Danteshwari, déesse protectrice de la région et de la dynastie Kakatiya. Sa grande particularité réside dans sa durée : alors qu’il ne dure habituellement qu’un jour, ce festival tribal s’étale sur 75 jours, devenant la plus longue célébration de Dussehra au monde, rythmée par des rituels ancestraux et d’imposantes processions de chars.


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6 Comments on “Navaratri, le festival de la Mère Universelle”

  1. Jai shree mataji! Je suis très heureux de pouvoir échanger avec vous frère Yogis que shree mataji nous aient dans son attention !

  2. Bonjour,
    Permettez deux mots sur la Mère dans l’Inde primitive
    L’importance du rôle joué par le Principe-Mère dans les premières conceptions des Hindous explique le respect religieux dont fut entourée la Femme au temps des Védas et de l’ancien Manou.
    D’abord nous trouvons dans les vieilles traditions :
    Mâtri-Mâtri, la Mère des Mères, et c’est de ce mot sanscrit Mâtri qu’on fera matrimonial, qui indique ce qui est maternel.
    Narî était la Vierge universelle. On lui adresse cette litanie :
    Narî Aditi : Vierge immortelle.
    Brahmî : Mère universelle.
    Hiranya garbha : Matrice d’or.
    Paramâtmâ : Grande âme.
    Lakshmî : Reine de l’Univers.
    Çakti : Lumière céleste.
    Maryama : Fécondité perpétuelle.
    Akâça : Fluide pur.
    Ahankâra : Conscience suprême.
    Kanya : Vierge.
    Tanmâtra : Les cinq éléments.
    Triguna : Les trois qualités.
    Kanyabâna : Virginité éternelle.
    Narî est souvent désignée dans le langage kabbalistique des initiés sous le nom de Reine des Sept (1). Il s’agit des sept principes cosmiques qu’elle a expliqués. et dont plus tard on fera sept rois.
    Il faut remarquer que Narî ou Aditi reçoit seule dans le principe un culte extérieur.
    L’apparition des « fils des Dévâs », nés de Vierges immaculées, est une idée qui se trouve à la base d’une multitude d’allégories.
    C’est un grand chapitre de l’histoire de la Virgo pariens, la Vierge qui enfante et qui est représentée par Neith, Isis, Diane, etc. Ce sont des « Déesses démiurgiques » à la fois visibles et invisibles (Esprit invisible, corps visibles), ayant leur place dans le ciel (vie de l’esprit) et aidant à la génération des espèces.
    Tel est le langage symbolique qu’il faut comprendre.
    Quand le mystère de la fécondation sera connu, on dira, pour exprimer le temps où la fécondation n’a pas commencé, que, « au commencement, le fils est encore caché dans la pensée qui n’a pas encore pénétré le sein divin ».
    Quand plus tard l’homme qui féconde sera connu, il sera appelé Fohat.
    Rappelons, pour clore ce commentaire, que le mot Dieu, d’abord écrit Diev (jusqu’au Moyen Age l’u finale était un v), vient du mot sanscrit Devâ ou Devi, qui signifiait la « Femme lumière », la « Femme Esprit ».
    (1) Les légendes hindoues ont gardé et consacré le souvenir des fondatrices des premières familles. On les appelle Maharchis ou grands Richis. Les sept premiers Richis de l’Inde sont considérés comme les ancêtres de l’humanité. Et comme à cette époque reculée le père n’apparaît pas dans la constitution de la famille naturelle, il est bien évident que ce sont les Mères seules qui sont ces ancêtres primitives.
    (Suite : voir lien)
    Cordialement.

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