Assam, la septième sœur du nord-est de l’Inde

L’état de l’Assam est l’une des « sept sœurs » du nord-est de l’Inde, situé au sud de l’Himalaya oriental, le long de la vallée de la Brahmapoutre. Avec ses forêts tropicales – dernier habitat du rhinocéros indien à une corne – ses plantations de thé s’étalant à l’infini et son île aux moines artistes, l’Assam saura séduire le voyageur recherchant à la fois richesse culturelle et terres sauvages.


Guwahati, première approche de l’Assam


La ville de Guwahati se situe sur les rives de la rivière Brahmapoutre. Elle a l’avantage de posséder un aéroport international qui permet de se rendre aisément dans l’état du Meghalaya voisin. La ville en elle-même ne possède guère de charme, mais le très révéré temple de Kamakhya vaut en lui-même le détour.


Temple hindou Kamakhya


Situé sur la colline Nilachal dans la partie occidentale de la ville, le temple de Kamakhya est dédié à la Déesse-Mère Kamakhya. C’est l’une des quatre plus importantes Shakti Pitha et, par conséquent, un des plus hauts lieux de pèlerinages de l’Inde.

D’après les textes sacrés du Kalika Purana, le yoni (vagin de Sati) serait tombé ici pendant la Tandava de Shiva.

LIRE L’HISTOIRE COMPLÈTE DES SHAKTI PITHA

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Le temple de Kamakhya construit sur une base cruciforme

Le temple a été rénové plusieurs fois du 8e siècle à nos jours, ce qui a donné naissance à un style hybride d’architecture qu’on appelle « Nilachal » ; il est construit sur une base cruciforme coiffé d’un dôme hémisphérique.

Le garbhagriha (sanctuaire principal), est situé au-dessous du niveau du sol et ne comporte aucune idole mais une fissure rocheuse qui représente un yoni (vagin). Ce yoni est vénéré comme la déesse Kamakhya elle-même. Un filet d’eau, provenant d’une source pérenne souterraine, s’écoule à cet endroit même.

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Le yoni du temple de Kamakhya | photo : Kamakhyatemplealigarh

On entre dans le sanctuaire après une très longue attente, en file indienne, serré contre les pèlerins. Si vous n’avez pas la patience d’attendre, vous pouvez avoir un aperçu (de loin) du rocher à travers la porte Est du temple.

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Détails du temple de Kamakhya avec la statue de Ganesha en rouge

Âmes sensibles s’abstenir, ici le culte de la déesse inclut des sacrifices d’animaux. Les dévots achètent des chèvres ou des pigeons dans le temple qu’ils offrent à la déesse. Les sacrifices dans les sanctuaires dédiés à Durga ou Kali sont courants en Inde, ce culte est très ancien et s’inscrit dans les pratiques tantriques.

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Pèlerins

Qu’est-ce que le tantra ?

Le tantra ne doit pas être confondu avec le terme « tantrisme » qui est une invention européenne du 19e siècle ; il n’est présent dans aucun texte ancien de l’Inde. Ainsi le tantra a été associé de façon fréquente mais incorrecte au sexe, étiqueté comme le « yoga de l’extase ». C’est loin de la compréhension diverse et complexe de ce que le tantra signifie pour ceux qui le pratiquent.

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Petit temple au sein de Kamakhya

Le tantra est un ensemble de rituels et méthodes ésotériques codifiés que l’on retrouve dans l’hindouisme et dans le bouddhisme et qui se serait développé vers le milieu du 1er millénaire avant J.-C. En raison du large éventail de communautés pratiquant le tantra, il est impossible de décrire de façon exhaustive les pratiques tantriques, mais plusieurs caractéristiques se retrouvent dans cette méthode comme le culte centré sur les divinités, la récitation de mantras, l’initiation secrète donnée par un maître, les sacrifices d’animaux, un rôle important donné à la femme, etc.

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Devots lors du Festival Ambubachi Mela | Photo : pratidintime.com

Le plus grand festival du temple de Kamakhya est « l’Ambubachi Mela » tenu pendant la saison de la mousson (vers la mi-juin). C’est la célébration des menstruations annuelles de la déesse Kamakhya. Les fidèles pensent que pendant les pluies de la mousson, le pouvoir créateur et nourricier des menstruations de la Terre-Mère devient accessible aux fidèles et apporte abondance et félicité.

L’autre grand festival est la Durga Puja, les 10 jours consacrés à la Shakti ou Mère Universelle.


Assam State Museum


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Le bâtiment du musée d’état D’Assam

Le musée d’état d’Assam est situé au cœur de Guwahati. Il expose, entre autres, de belles sculptures de pierre, bois, métal et de terre cuite et de l’artisanat assamais.

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Une des anciennes sculptures du musée

L’île du paon (peacock island) et temple d’Umananda


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L’île du paon

Au milieu de la rivière Bhramapoutra, au nord de la ville, l’île du paon est une attraction connue de Guhawati. Un ferry nous y mène pour 30 roupies. Là, se tient le temple d’Umananda qui, selon la mythologie hindoue, a été créé par le dieu Shiva pour son épouse Parvati.

Umananda est aussi appelé « Bhasmachal » en Assamais ce qui signifie littéralement « colline de cendres ». Selon un mythe du Kalika Purana, sur cette île, Shiva a réduit en cendres le dieu Kama avec son troisième œil lorsque ce dernier a interrompu sa méditation profonde.

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Le temple d’Umananda

À votre retour de l’île du paon, continuez votre promenade le long des quais de la rivière Brahmapoutre, vous tomberez peut-être sur la vente à la criée matinale qui vaut vraiment le coup d’œil.

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La criée sur les rives de la rivière Brahmapoutre

Temple Navagraha


Perché sur la colline de Chitrasal, le temple de Navagraha, construit par le roi Ahom Rajeswar Singha à la fin du 18e siècle, est un des lieux incontournables de Guhawati.

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Le temple de Navagraha, les neufs planètes

Les temples « Navagraha » sont consacrés aux neufs grands corps célestes de l’astronomie hindoue : Surya (soleil), Chandra (lune), Mangala (mars), Bouddha (mercure), Brihaspati (jupiter), Shukra (vénus), Shani (saturne), Rahu (nœud lunaire nord) et Ketu (nœud lunaire sud).

Celui de Guhawati est très particulier : les planètes, ici, sont représentées par neuf Shiva-lingams enchâssés dans le sol du sanctuaire principal. Le lieu, éclairé par de simples lampes à huile, vous plonge dans une ambiance mystique, et, si vous êtes adeptes de l’hindouisme, vous pourrez faire un petit rituel sur l’un des lingams.

Les lingams représentant les neuf planètes | Photo : Best of Rob

Lac de Chanbudi


Lors de chaque voyage, il y a un lieu qui nous marque plus que les autres ; le lac de Chanbudi est mon coup de cœur assamais.

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Le lac de Chanbudi

Formé à la suite du tremblement de terre de 1897, le lac se love au pied des collines de Garo dans le district de Kamrup, à une distance de 60 kilomètres de la ville de Guwahati.

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Maison traditionnelle en bamboo de la communauté Rabha

C’est un endroit prisé pour le pique-nique ou les sorties scolaires. Heureusement, le lac a bien plus à offrir que cela ! Le long de ses rives, on trouve des villages typiques habités par des différentes communautés autochtones (Rabha, Garo, Bodo, Tiwa…).

Préparation du déjeuner avec des produits locaux

Un séjour chez l’habitant est un must, dans des maisons traditionnelles en bamboo, qui, associé à la délicieuse cuisine naturelle locale, vous laisseront des souvenirs impérissables.

Dans les forêts denses entourant le lac, vous partirez pour des randonnées dépaysantes vous frayant un passage à la machette ; il n’est pas rare de tomber sur des éléphants sauvages.

Balade dans la jungle autour du lac

La sériciculture de Chandubi


La rencontre avec les peuples du lac est une expérience enrichissante en nous permettant de découvrir leurs traditions ancestrales. Ici, la grande spécialité est la sériciculture, c’est-à-dire l’élevage des vers à soie. Les vers sont collectés sur de longs râteaux en bambous et ils sont déplacés d’arbre en arbre pour qu’ils se nourrissent de nouvelles feuilles.

Dame de la tribu Garo ramassant les vers à soie pour les déplacer sur un autre arbre

Contrairement à nos pays occidentaux où le ver à soie ne se nourrit que de feuilles de mûrier, ici, la soie est produite à partir de différentes espèces d’arbres et de plantes : le mûrier donne la soie « white pad », les feuilles de ricins donne la soie « Eri » et les feuilles de som, une variété de laurier, donne la « soie d’or ».

Couleurs de l’Assam

Parc national de Kaziranga


Safari de Kaziranga à dos d’éléphant

Dans les secteurs de Golaghat et de Nagaon, à 200 km de Guwahati, se trouve le parc de Kaziranga. Le sanctuaire naturel, qui abrite deux tiers des grands rhinocéros à une corne du monde, est un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il possède environ 1600 rhinocéros adultes et de nombreuses autres espèces protégées comme des tigres et éléphants d’Asie. Sur les 35 espèces de mammifères du parc, 15 sont inscrites sur la liste rouge des animaux en voie d’extinction.

La visite du parc se fait soit à dos d’éléphant, soit en Jeep. La visite est plutôt courte, mais la belle surprise, c’est que les rhinocéros sont bien au rendez-vous !

Un rhinocéros de Kaziranga en train de dormir

Majuli, l’île fluviale de l’Assam


Les plantations de thé

La route qui nous mène vers l’île de Majuli est parsemée de plantations de thé. 

L’Assam est la plus vaste région productrice de thé en Inde. Elle s’étend sur les deux rives du fleuve Brahmapoutre et longe le Bangladesh et la Birmanie.

Cette partie du continent indien bénéficie d’un climat idéal avec de fortes précipitations et des températures pouvant monter jusqu’à 40 °C en journée ce qui contribue au goût exceptionnel du thé d’Assam.

L’île de Majuli au coucher du soleil

On accède à l’île de Majuli via des ferries qui fonctionnent six fois par jour depuis la ville de Jorhat.

Majuli est une île fluviale (qu’on dit être la plus grande au monde) d’environ 400 kilomètres formée par la rivière Brahmapoutre au sud, de la Kherkutia Xuti (anabranche de la Brahmapoutre) et par la rivière Subansiri au nord.

Outre son superbe cadre naturel, Majuli accueille de nombreux peuples autochtones, principalement Mising, Deoris et Sonacals Kacharis. Elle aussi connue pour ses monastères vishnouïtes « Satra ».


Les Satras, les monastères néo-vishnouïtes de Majuli


Majuli possède une particularité unique en Inde : les monastères « Satra » ou « Ekasarana Dharma » qui pratiquent ce qu’on appelle la culture néo-vishnouïte assamaise, initiée autour du 15e siècle par Srimanta Sankardeva et son disciple Madhavdeva.

Le Satra d’Auniati

Srimanta Sankardeva était un érudit réformateur qui a présenté le vishnouisme comme un moyen de développement social, notamment à travers les arts. Il a conçu, en s’appuyant sur d’anciennes pratiques, de nouvelles formes artistiques dans le domaine de la musique (Borgeet), du théâtre (Bhaona), de la danse (Sattriya) et de la littérature (Brajavali).

Une dance gayan-bayan exécutée par les moines du Satra Kamalabari | Photo : Dhrubazaan Photography 

Cette forme de spiritualité est strictement monothéiste, le seul culte prescrit par cette mouvance est de prononcer le nom de dieu « Sravana-Kirttana », qui est vénéré sous la forme de Krishna.

Les pratiquants rejettent les rites védiques, le système des castes et s’opposent aux sacrifices d’animaux communs dans la branche tantra de l’hindouisme. Remarqué pour son égalitarisme, le vishnouisme assamais a converti en son sein des gens de toutes castes, ethnies et religions (y compris l’islam).

Sur les 65 satras originaux, 31 sont toujours en activité à Majuli. Fait intéressant, chaque satra possède sa particularité artistique dans la musique, la littérature, la danse, le théâtre et l’artisanat.

L’effigie de l’aigle Garuda à l’entrée du Namghar du Satra d’Auniati

La vie spirituelle des satras se concentre autour du « Namghar », un grand hall où se rassemblent les moines et qui n’est pas accessible au public.

Les prières sont accompagnées de kirtans (chants de dévotion) et de percussions comme le Khol (tambour) et les Kartal (grandes cymbales).

Lors des festivals, ou sur demande, les moines donnent des récitals de danse.

Moine récitant des mantras dans le Namghar du Satra de Kamalabari
Un des moinillons du Satra de Kamalabari

Sur le circuit des monastères, un arrêt s’impose au satra Chamaguri qui fabrique les masques utilisés pour les représentations de « Bhaona », une forme de théâtre populaire.

Ces masques sont une autre forme d’art unique que Sankardeva a introduit en Assam. 

Le Bhaona se base sur les six pièces « Ankiya Nat » qu’il a écrites, s’inspirant principalement de l’histoire du dieu Krishna.

Confection d’un masque de Bhaona
Les masques de Bhaona

Hormis les satras, l’île possède plusieurs villages habités par des peuples autochtones (mising en majorité) qu’il est toujours passionnant de visiter. 

Le tissage est l’une des occupations majeures des villageois. Il exige l’utilisation d’une grande variété de couleurs et la combinaison du coton et de la soie, en particulier la Muga (voir plus haut).

La vannerie et la poterie sont deux autres artisanats populaires dans ces villages tribaux.

Pas besoin de salle de sport pour cet homme de la communauté Mising 🙂
Le tissage est un des artisanats des Misings

Le voyage en Assam s’achève ici… Continuons sur l’état voisin : le Méghalaya!


2 Comments on “Assam, la septième sœur du nord-est de l’Inde”

  1. Je dirai tout simplement WAOW. C la raison pour laquelle j’aime Magik India.

    • bonjour Goojhak, merci de votre gentil message 🙂 ! Bien cordialement, Mathini

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