Meghalaya, demeure des nuages et des cascades

La demeure des nuages. Le nom du Meghalaya résume à lui seul la magie de cet état, l’une des « sept sœurs » du Nord-Est de l’Inde. Ici, la nature règne en maître. Pour le voyageur en quête d’immersion sauvage, cette région est un trésor à ciel ouvert. Des paysages mystérieux de la mousson aux panoramas grandioses de la saison sèche, on s’émerveille devant la densité des forêts primaires, la puissance des cascades et le génie des ponts de racines, ces chefs-d’œuvre vivants façonnés par les mains des populations locales.

L’état du Meghalaya et ses différents districts – graphisme : researchgate.net

Meghalaya, demeure des nuages… Et des cascades


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Les chutes de Noh-kalikai pendant la mousson | photo : Kunal Dalui

Le Meghalaya, dont le nom signifie « la demeure des nuages », le doit aux épaisses brumes de la mousson qui s’accrochent inlassablement à ses hauts plateaux. On pourrait tout aussi justement le surnommer la « demeure des mille et unes cascades » : avec le Kérala et le Chhattisgarh, l’État possède sans conteste les plus belles chutes d’eau de l’Inde.

Cette richesse hydrologique est le fruit d’un climat exceptionnel, le Meghalaya étant la région la plus arrosée du pays avec une moyenne annuelle impressionnante de 10 000 mm de précipitations. Ce climat unique a façonné un paysage luxuriant, où 70 % du territoire est recouvert de denses forêts primaires, abritant l’une des flores et des faunes les plus riches d’Asie.


Les surprenants ponts de racines vivantes


Le Meghalaya est mondialement célèbre pour ses ponts de racines, tissés par les peuples Khasi et Jaintia à partir des racines aériennes du Ficus elastica, l’arbre à caoutchouc. Si cet État est leur berceau le plus connu, ces structures remarquables ont également été découvertes dans l’État voisin du Nagaland, ainsi qu’en Indonésie, témoignant d’un savoir-faire ancestral fascinant et partagé.

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Le double pont de racines de Nongriat

Il s’agit d’une ingénieuse technique naturelle pour relier deux berges : les jeunes racines aériennes du Ficus elastica sont pliées et tressées patiemment jusqu’à ce qu’elles gagnent en robustesse et puissent supporter le passage des habitants. Mieux encore, dans des conditions idéales, ces structures peuvent traverser les siècles ; le pont ne se contente pas de durer, il se renforce et s’auto-renouvelle naturellement à mesure que les racines continuent leur croissance au fil des années.


Une terre de peuples autochtones


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Dame de la communauté Khasi à Nongriat

Les peuples autochtones forment la majorité de la population du Meghalaya. Trois communautés principales composent cet État : les Khasis, les Garos et les Jaintias. Souvent appelées « tribus des collines », ces ethnies tirent leur nom de la région qu’elles occupent respectivement : les collines de Khasi, de Garo et de Jaintia. Marquée par une forte christianisation au XIXe siècle, la région compte aujourd’hui environ 75 % de fidèles chrétiens. 


Les bois sacrés du Meghalaya


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Les dolmens du bosquet sacré de Mawphlang

Dans les forêts luxuriantes du Meghalaya, on découvre des « bosquets sacrés » (sacred groves). Ces poches de forêt ancienne ont été préservées par les communautés Khasi, guidées par de profondes croyances religieuses et culturelles. Traditionnellement réservés aux rituels, ces bois sont, par respect, protégés de toute exploitation humaine. Ils constituent aujourd’hui des sanctuaires d’une valeur inestimable, abritant une riche diversité d’espèces végétales rares. 


Une société matrilinéaire


Selon un rapport du McKinsey Global Institute, le Meghalaya et le Mizoram sont les deux États indiens où l’écart entre les genres est le plus faible. Ici, les jeunes filles bénéficient d’une liberté supérieure à celle observée dans le reste de l’Inde, encore très conservateur, et subissent moins la pression du mariage. 

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Jeunes femmes de la communauté Khasi ramassant des termites

Cette singularité s’incarne notamment dans la culture Khasi, qui pratique une descendance matrilinéaire : la plus jeune fille de la famille, la Ka Khadduh, hérite ainsi de l’intégralité de la propriété ancestrale. Après le mariage, l’époux emménage chez sa belle-mère et les enfants portent le nom de famille de leur mère. 

Toutefois, il convient de ne pas confondre ce système matrilinéaire avec un matriarcat : les femmes Khasis demeurent très minoritaires aux postes à haute responsabilité et, même à l’échelle locale, elles siègent rarement dans les conseils de village.


Shillong, capitale du Meghalaya


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Le musée Don Bosco

Débutons notre exploration par Shillong, la capitale du Meghalaya. Bien que la ville offre peu de visites incontournables, le Don Bosco Museum of Indigenous Cultures s’impose comme une étape essentielle : réparti sur quatre étages, il offre un panorama fascinant sur les modes de vie des peuples autochtones du Nord-Est indien.

Une immersion dans le quotidien local passe également par le vibrant marché de Iewduh (ou Bara Bazaar), où se négocie une incroyable variété de produits alimentaires.

Enfin, pour une parenthèse plus paisible, le Ward’s Lake et le terrain de golf de Shillong (l’un des plus vastes d’Asie) offrent un cadre idéal pour flâner.


Au Meghalaya, les cerisiers fleurissent en automne !


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Le ‘prunus cerasoides’ de Shillong, une variété de cerisier qui fleurit en automne

Chaque État indien possède sa propre singularité, et au Meghalaya, la magie opère en automne lorsque les cerisiers entrent en floraison. Contrairement au Prunus yedoensis japonais qui s’éveille au printemps, le Prunus cerasoides de Shillong et de ses environs se pare de rose et de blanc dès l’automne. Soucieux de célébrer ce phénomène naturel unique, l’État organise organise le Cherry Blossom Festival. C’est l’occasion idéale pour découvrir la richesse culturelle de la région à travers les programmes traditionnels des peuples autochtones, des concerts de rock et une dégustation de cuisine locale. 


Bois sacré de Mawphlang


À Shillong, j’ai eu la chance de rencontrer un guide exceptionnel issu de la communauté Khasi. Son prénom, « Earlyborn », ne doit rien au hasard : il lui a été donné car il est venu au monde aux premières heures de la matinée. C’est en sa compagnie, portée par sa bonne humeur communicative et ses précieux conseils, que j’ai eu le privilège de sillonner les routes et les sentiers du Meghalaya

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Les monolithes utilisés pour les rituels à Mawphlang

Mon itinéraire se poursuit à Mawphlang, à une vingtaine de kilomètres de Shillong, où s’étend un impressionnant bois sacré. Protégé, dit-on, par la divinité locale Labasa, ce sanctuaire naturel conserve une aura mystique saisissante, bien que les cérémonies n’y soient plus pratiquées. Guidé par un membre de la communauté Khasi Lyngdoh, je m’enfonce sous la canopée et découvre, au détour d’un sentier, des monolithes moussus. Ces pierres anciennes marquent l’emplacement précis où, autrefois, se tenaient les rites et les sacrifices, témoins silencieux d’une spiritualité profondément ancrée dans cette terre.

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Heritage village, où les différents habitats Khasis sont exposés

Juste en face du bois sacré, une visite au « Heritage Village » s’impose : ce lieu expose avec soin les différents types d’habitats traditionnels des tribus Khasis. C’est une immersion complémentaire et fascinante, idéale pour mieux comprendre le mode de vie de ces communautés et l’architecture vernaculaire qui façonne leur quotidien


Cherrapunji (Sohra)


Notre périple se poursuit vers Cherrapunji, également appelée Sohra, située à une cinquantaine de kilomètres de Mawphlang. C’est la région la plus prisée du Meghalaya, et il suffit d’un regard pour comprendre pourquoi : le paysage y est ponctué de cascades grandioses et abrite les célèbres ponts de racines, ces chefs-d’œuvre d’ingénierie vivante qui font la renommée de l’État

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La route longeant la vallée de Shillong jusqu’à Cherrapunji, un délice pour les yeux

La route qui serpente de Shillong vers Cherrapunji dévoile des panoramas majestueux sur les collines vallonnées des Khasi Est. Pour en apprécier toute l’ampleur, les voyageurs font souvent halte au pont de Duwan Singh Syiem, célèbre pour avoir servi de décor au film de Bollywood Qurban. Les amateurs de sensations fortes pourront quant à eux se laisser tenter par la tyrolienne aménagée, qui permet de plonger littéralement au-dessus de la vallée.

En chemin, nous apercevons le village de Lad Mawphlang, point d’arrivée de l’emblématique sentier David Scott, l’une des randonnées les plus renommées de tout le Meghalaya. 


Randonnée David Scott


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Randonneurs sur le sentier David Scott | Photo: Trip Advisor

Le sentier David Scott est l’itinéraire de randonnée le plus emblématique du Meghalaya. Nommé d’après l’officier britannique qui a redécouvert cette ancienne voie muletière au XIXe siècle, il reliait autrefois les collines au Bangladesh. Si le tracé complet couvre plus de 100 km en cinq jours, il est surtout parcouru par segments. Le tronçon phare, reliant Mawphlang à Lad Mawphlang sur 16 km, offre une immersion parfaite dans la région, entre chutes d’eau, villages Khasi traditionnels et paysages verdoyants. 


Cascade de Wahkaba 


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À Umstew se cache une cascade empreinte de mystère. Selon la légende, deux fées, l’une noire et l’autre blanche, y auraient autrefois élu domicile. On raconte qu’elles se mêlaient incognito à la foule les jours de marché, usant de leurs charmes pour tenter d’hypnotiser les jeunes hommes.


Cascade de Dainthlen


La cascade tire son nom de « U Thlen », un serpent légendaire de taille gigantesque qui habitait dans une grotte près des chutes. On dit qu’on peut encore voir les profondes cicatrices laissées sur les rochers de la cascade suite à une longue bataille contre le démon-serpent.


Cascade Wei Sawdang


En contrebas de la cascade de Dainthlen, après un court trek plutôt pentu et glissant, se dévoilent les chutes d’eau à trois paliers et trois bassins de Wei Sawdang. C’est une petite merveille aux eaux limpides qui reste encore confidentielle et peu connue des circuits touristiques classiques.


Cascade Noh-kalikai (the leap of Kalikai)


Cette longue chute d’eau plongeant dans un bassin d’eau turquoise a pourtant une histoire tragique : on dit qu’une mère accablée par le chagrin s’est jetée dans ces chutes suite au meurtre de sa fille.

En poursuivant notre route vers Mawsmai, nous faisons une halte à l’église presbytérienne de Nongsawlia. Établi en 1846, cet édifice historique est le premier lieu de culte chrétien ayant vu le jour au Meghalaya, marquant ainsi une étape majeure de l’histoire religieuse de la région.

Intérieur de l’église de Nongsawlia, première église chrétienne établie au Meghalaya

Cascades de Nohsngithiang (seven sisters fall)


Les chutes des sept soeurs pendant la mousson | Photo : @twobirdsbreakingfree

Les chutes de Nohsngithiang, situées à un kilomètre au sud du village de Mawsmai, sont plus communément appelées les chutes des sept sœurs. Ce nom provient des sept filets d’eau qui jaillissent des falaises calcaires des collines de Khasi pour s’écraser 300 mètres plus bas, bien qu’en réalité, le nombre de courants soit souvent supérieur. Si un éco-parc payant a été aménagé sur le plateau au sommet, la route qui longe la falaise offre déjà un point de vue saisissant sur ce spectacle naturel.


Grotte de Mawsmai


Situées à environ 6 km de Cherrapunji, ces grottes de 150 mètres présentent quelques formations de stalactites et stalagmites intéressantes, mais sont loin d’émerveiller. Si vous avez un agenda serré, vous pouvez très bien faire l’impasse sur cette visite.


Le double pont de racines vivantes (village de Nongriat)


Le clou du spectacle à Cherrapunji est sans conteste le célèbre double pont de racines vivantes. Mais attention, ce trésor se mérite ! Il faut en effet descendre (et remonter) 3 500 marches, traversant les villages de Nongthymmai et de Mynteng, un trek exigeant qui est strictement réservé aux personnes en excellente condition physique.

Le double pont de Nongriat

Une fois atteint le village de Nongriat, des guesthouses simples et accueillantes permettent de séjourner quelques nuits au cœur de ce cadre exceptionnel.

Après avoir admiré sous toutes ses facettes l’habile tressage du pont, la marche se poursuit sur six kilomètres pour atteindre la cascade à l’arc-en-ciel. Ce trek exigeant est largement récompensé par la beauté du site et une baignade dans ses eaux bleues cristallines, une expérience incontournable.

La cascade de l’arc en ciel

Cascades de Krangshuri


Pour atteindre les cascades de Krangshuri, nous parcourons une distance d’environ 80 kilomètres à travers les vallons de Jaintia. Avec leurs eaux turquoise, ces chutes sont sans doute les plus spectaculaires du district. Le site est bien aménagé et l’accès est payant, mais il offre tout le confort nécessaire avec des cabines pour se changer et la présence rassurante d’un maître nageur pour surveiller la baignade.


Shnongpdeng (clear water)


Quarante kilomètres plus loin, après avoir traversé de splendides forêts luxuriantes composées de pins, de bambous et de palmiers à bétel, nous atteignons un lieu hors du temps : Shnongpdeng, surnommé avec justesse « eaux claires ». Une balade sur les eaux calmes et cristallines de la rivière Dawki, où flottent de longues pirogues de pêcheurs, procure un sentiment de paix profonde et invite à la méditation contemplative.


Dawki, frontière Inde-Bangladesh


La rivière Dawki juste avant le Bangladesh

Dix kilomètres plus loin, nous atteignons le poste-frontière de Dawki, qui sépare l’Inde du Bangladesh. Loin d’être austère, cette frontière amicale offre un panorama naturel saisissant : les eaux turquoise de la rivière Umngot du Meghalaya viennent s’y fondre dans le fleuve Goyain, en territoire bangladais. La vue qui s’ouvre alors sur les plaines infinies du Bangladesh est tout simplement splendide.

Vue sur le Bangladesh

Village de Nohwet


Nous quittons enfin les collines de Jaintia pour rejoindre ma dernière étape, un véritable coup de cœur niché dans les Khasi Est. Plutôt que de me rendre à Mawlynnong, réputé pour être le village le plus propre d’Asie (une étiquette qui me semble être un bel attrape-touristes) mon ami Earlyborn me conduit quelques kilomètres plus loin, dans le petit hameau de Nohwet. C’est ici, dans une belle maison d’hôte traditionnelle, que je découvre un dépaysement total. La sérénité des lieux, la générosité sincère des habitants et l’exquise cuisine Khasi font de ce séjour chez l’habitant une expérience inoubliable.

A Nohwet, la maîtresse de maison vous concocte de délicieux plats Khasi, ici une omelette aux fleurs

Dans ce même village se dresse une maison traditionnelle Khasi vieille de plus de deux cents ans. Cette demeure, bâtie en bambou et en teck et conservant divers ustensiles de la vie quotidienne, constitue un véritable musée vivant témoignant des traditions ancestrales du peuple Khasi.

La propriétaire de la plus ancienne maison du village de Nohwet

C’est également à Nohwet que se découvre un autre pont de racines, long de trente mètres, qui enjambe la rivière Thyllong, un cours d’eau considéré comme sacré par les autochtones.

Le pont de racines de Nohwet

Mon voyage au Meghalaya se termine ici. S’il reste encore une multitude d’endroits à explorer, ce sera pour une prochaine fois. Désormais, direction l’Assam, une autre des « sept sœurs » du Nord-est de l’Inde qui promet, elle aussi, de nouvelles découvertes fascinantes.


Quand se rendre au Meghalaya ?


La mousson, de mi-juin à octobre, offre au voyageur le spectacle le plus grandiose de l’année : des centaines de cascades jaillissent alors des hauts plateaux pour se jeter dans des gorges bouillonnantes. Tandis que les nuages s’accrochent langoureusement aux massifs montagneux, les prairies se parent d’un tapis d’un vert intense. Par contre, il faut accepter de vivre au rythme de la pluie.

À l’inverse, la saison sèche, de novembre à juin, révèle des paysages aux teintes automnales tout aussi captivants. Si certaines chutes d’eau se tarissent, la clarté et l’ensoleillement de cette période permettent d’explorer des sites habituellement noyés dans la brume. L’idéal reste de découvrir le Meghalaya durant ces deux saisons pour en saisir toute la diversité

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2 Comments on “Meghalaya, demeure des nuages et des cascades”

  1. Oui, une de mes préférées. Le nord-est de l’Inde est encore peu connu et pourtant un véritable joyau !

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