
Érigé en protecteur des infortunés et des opprimés, le Derasar Shri Ghantakarna Mahavir, situé dans la ville de Mahudi, s’affirme comme l’un des sanctuaires jaïns les plus sacrés et les plus fréquentés du Gujarat. Ce haut lieu de pèlerinage doit sa ferveur à sa divinité tutélaire, un shashan dev (gardien) réputé pour dissiper les obstacles et accorder sa protection invisible aux fidèles en détresse.

L’origine de cette dévotion s’enracine dans le destin tragique et grandiose du roi Tungabhadra, qui régnait jadis sur les contreforts de l’Himalaya. Protecteur infatigable des faibles, il n’avait besoin que de son arc pour faire régner la justice. C’est lors d’une ultime bataille contre des détrousseurs, alors qu’il faisait rempart de son corps pour sauver des innocents, qu’il trouva une mort glorieuse, prélude à sa divine réincarnation en Ghantakarna Mahavir.
On raconte que ce roi possédait des oreilles imposantes (karna) semblables à des cloches (ghanta), une particularité physique devenue sacrée qui lui valut le titre de « grand guerrier aux oreilles en forme de cloche ». Figée dans le grès du sanctuaire, son idole armée de ses attributs d’archer continue de veiller sur le monde, offrant un bouclier céleste à tous ceux que la vie a éprouvés.
L’histoire moderne du sanctuaire s’ouvre en 1923, à la suite d’une profonde expérience mystique : le grand sage Acharya Buddhisagar Surisvarji reçut la vision fulgurante de Ghantakarna Mahavir au cœur de sa méditation. Inspirée par cette théophanie, l’idole sacrée fut sculptée dans une roche puisée au lit de la rivière Sabarmati. Reconnue pour ses vertus miraculeuses, elle attire aujourd’hui des millions de pèlerins jaïns, mais aussi des fidèles de toutes confessions venus quérir sa protection bienveillante.

La tradition locale s’anime d’une ferveur singulière autour des goûts de la divinité qui, dans sa vie antérieure, affectionnait particulièrement le sukhadi, une douceur traditionnelle à base de farine de blé, de jaggery (sucre de palme) et de ghee (beurre clarifié). Les dévots continuent de lui offrir ce dessert en partage ; la coutume exige toutefois que cette offrande bénie soit consommée intégralement sur place ou partagée avant de franchir les portes du temple, sous peine d’attirer le malheur.

Immédiatement adjacente au sanctuaire, une tour campanaire s’élève à quelque neuf mètres de hauteur. Équipée d’un escalier, elle invite les dévots à s’élever physiquement et spirituellement pour faire sonner la cloche sacrée, un geste destiné à sceller l’accomplissement de leurs prières.

Le complexe de Mahudi déploie ensuite son grand temple principal, édifice majestueux où trône une statue de marbre du vénérable saint Padmaprabhu, installée par le maître fondateur et figée pour l’éternité en position de padmasana. Le parcours dévotionnel se clôt traditionnellement par une marche sacrée tout autour du cœur du temple, une circumambulation solennelle qui permet de saluer un à un les vingt-quatre sanctuaires miniatures dédiés aux Tirthankaras, piliers de la cosmologie et de la sagesse jaïnes.
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