
Célèbre par-delà les frontières du Gujarat, Becharaji abrite le temple de Bahuchar Mata, divinité de la fécondité et protectrice spirituelle de la communauté des hijras. Érigé au rang de Siddha Shakti Peetha, ce sanctuaire hautement sacré marque l’emplacement mythologique où tomba une relique de la déesse Sati. Pour les vagues de pèlerins qui en franchissent le seuil, cette terre bénie demeure un espace souverain où la ferveur et les prières pures se voient miraculeusement exaucées.
La ville de Becharaji tire son nom même du sanctuaire de Bahuchar Mata. Manifestation de la déesse Durga, elle naquit sous les traits de la fille d’un fier guerrier de la caste des Charan.
La légende raconte que lors d’un voyage, la caravane de Bahuchara et de ses sœurs fut assaillie par un maraudeur nommé Bapiya. Fidèles à la coutume de leur lignée qui interdit toute reddition face à l’ennemi, les sœurs accomplirent un geste sacrificiel d’une violence sacrée en se tranchant les seins. Avant de s’éteindre, Bahuchara maudit leur agresseur, le frappant d’impuissance. Le sort ne pouvait être brisé qu’à une seule condition : que Bapiya vénère la déesse en adoptant les habits et les manières d’une femme.

C’est de ce mythe fondateur que découle, aujourd’hui encore, le statut de sainte patronne de Bahuchar Mata auprès de la communauté des hijras.
Dans l’iconographie sacrée, la divinité se déploie dans toute sa complexité : elle tient en ses mains une épée, les écritures saintes, un trident, tandis que sa quatrième main esquisse l’abhaya mudra, le geste qui dissipe la peur et accorde la bénédiction. Elle a pour monture un coq, symbole radieux de l’innocence.

Vivre l’Inde, c’est croiser le destin singulier des hijras, cette communauté transgenre organisée selon les codes immuables d’une caste. Leur condition humaine est faite de contrastes saisissants : rejetés par la société moderne, privés de carrières ordinaires et de foyers conventionnels, ils vivent souvent dans une grande précarité, dépendants de la charité publique

Et pourtant, le sacré n’est jamais loin. Perçus comme des intercesseurs du divin, les hijras détiennent, dans l’imaginaire hindou, les clés de la fertilité. Leurs danses et leurs chants rituels lors des mariages sont recherchés pour bénir la lignée des nouveaux couples, bien que leur pouvoir redouté de jeter le mauvais œil suscite une prudente réserve.
Le grand rassemblement de Koovagam, au cœur du Tamil Nadu, témoigne de la force de leur culture. Lors du festival de Koothandavar, qui s’étire sur dix-huit jours au printemps, des milliers de hijras convergent pour incarner un épisode mythologique du Mahabharata.

Ce pèlerinage mystique fait aujourd’hui écho à leur reconnaissance profane : en avril 2014, la Cour suprême de l’Inde a gravé leur existence dans la loi en instituant un « troisième genre ». Un arrêt historique qui tente de substituer la justice sociale à la seule tolérance religieuse.
La dimension hautement sacrée du sanctuaire de Becharaji s’enracine dans sa nature de Shakti Peetha: la tradition mythologique veut que les mains de la déesse Sati soient tombées sur ce sol béni. Le temple s’élève ainsi au rang des trois Shakti Peethas majeures du Gujarat, aux côtés d’Ambaji et de Kalika à Pavagadh.

Également vénéré comme une Siddha Peetha, un lieu d’accomplissement divin, le site voit converger les espoirs les plus intimes de la condition humaine. C’est ici que les couples en mal d’enfant et les parents de nouveau-nés affectés par un handicap viennent déposer leurs offrandes, cherchant dans le regard bienveillant de la déesse un souffle de guérison et de fertilité.

Je ne saurais trop vous conseiller de prolonger votre visite jusqu’à l’arati du soir. Ce rituel des flammes offre un spectacle saisissant, où les chants sacrés inondent le sanctuaire, portés par le rythme frénétique et hypnotique des percussions. L’atmosphère, d’une ferveur absolue, laisse un souvenir impérissable (dont vous pourrez capturer l’essence dans la vidéo ci-dessous).
Bonjour, merci de votre commentaire. En fait les Hijras ne sont pas forcément des eunuques et, au sein des Hijras, il y a plusieurs groupes avec différents rituels. C’est une communauté encore très secrète. Et, pour avoir discuté avec eux à maintes reprises, je peux vous dire qu’ils n’aiment absolument pas mendier, d’ailleurs qui aime mendier ? Ils sont souvent pousser à la mendicité car ils sont encore ostracisés. Par contre, oui, il y a des mafias qui se sont organisées autour des Hijras avec parfois castration forcée. C’est un sujet complexe.
Les véritables hijras sont castrés lors d’une cérémonie d’initiation ; les hijras vivant confortablement de la mendicité, de nombreux hommes se font passer pour des hijras, il ne sont bien sûr pas considérés comme tels.