
S’il existe un sanctuaire de sérénité, c’est bien à Naranag qu’il se niche. Dans ce hameau oublié du temps, blotti sur la rive gauche de la rivière Wangath, le silence n’est troublé que par le murmure des eaux. Ici, l’âme s’apaise, tandis que le paysage, une symphonie de prairies émeraude, de lacs aux reflets cristallins et de cimes impériales couronnées de neiges éternelles, appelle irrésistiblement à l’éveil de l’aventure.

La route qui serpente de Srinagar à Naranag, sur une cinquantaine de kilomètres, est une épopée contemplative. Entre les rizières au vert éclatant et les collines dont la brume voile et dévoile la beauté, le voyage est une lente initiation. Pourtant, cette nature vibrante s’efface devant la quiétude de Naranag ; dès l’arrivée, le hameau nous enveloppe d’une paix profonde et immédiate.

Perché à 2 128 mètres d’altitude dans la région de Ganderbal, ce village constitue le point de départ privilégié des randonneurs en route vers le mont Harmukh ainsi que les lacs de Gangabal et de Satsar.
Il est surprenant d’apprendre que Naranag a été fondé par des Gujjars, un peuple de bergers originaires du Gujarat, dans le nord-ouest de l’Inde, ayant migré vers les contreforts de l’Himalaya. Bien que les Cachemiris les qualifient souvent de «gypsies », un terme qui, sans être tout à fait exact, illustre leur héritage ancestral essentiellement nomade, ce peuple a profondément marqué l’identité de la région.

Si vous avez le temps, je vous suggère vivement de séjourner deux ou trois jours à Naranag. Vous y vivrez une expérience authentique en logeant chez l’habitant. Malgré un confort sommaire, la générosité de l’accueil, la saveur des plats locaux issus de l’agriculture biologique et le doux murmure de la rivière qui bercera vos nuits feront de ce séjour un moment inoubliable.

En contrebas du village, au point de départ des sentiers de randonnée, s’étend le site archéologique de Naranag. Bien que les structures soient en ruines, le lieu conserve une aura mystérieuse et majestueuse qui impose le respect.

Il se compose de plusieurs groupes de temples dédiés à Shiva. Bien que les informations concernant ce sanctuaire hindou soient limitées, les historiens s’accordent à dire qu’il fut édifié au VIIIe siècle de notre ère, sous le règne de Lalitaditya Muktapida (724 – 760 après J.-C.).

Lalitaditya, également connu sous le nom de Muktapida, fut un souverain puissant de la dynastie Karkota au Cachemire. Il est le bâtisseur de plusieurs sanctuaires remarquables dans la région, dont le célèbre temple du soleil de Martand reste l’un des exemples les plus impressionnants.

Du complexe originel, il ne subsiste que quelques temples-pavillons, des Shiva-lingams à ciel ouvert et un vaste bassin d’ablution alimenté par une source d’eau pure. Édifié en grès local, le site conserve néanmoins une force singulière qui permet, au gré de la contemplation, d’imaginer aisément sa splendeur passée.


Lové au pied du mont Harmukh, à 3 575 mètres d’altitude, le lac émeraude de Gangabal offre assurément l’un des parcours les plus enchanteurs de la vallée du Cachemire. Il vous faudra compter environ quatre jours, aller et retour depuis Naranag, pour effectuer cette randonnée d’un niveau modéré.

Le sentier, parfois escarpé, se fraie un chemin à travers des forêts de pins, des prairies luxuriantes et franchit deux cols culminant à plus de 4 000 mètres d’altitude. Au détour du sentier, vous aurez peut-être le privilège de croiser des nomades Gujjars faisant paître leurs troupeaux. Ils vous accueilleront volontiers dans leurs maisons en pisé pour partager un « noon chai », ce thé rose salé typique du Cachemire qui réchauffe les cœurs.

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Charles Mege