
Unique oasis d’altitude du Gujarat, Saputara, littéralement « la demeure des serpents », se niche sur les crêtes des Sahyadri. Lovée dans un écrin sylvestre, la station offre une immersion rare auprès des communautés Dangi, peuples autochtones à la culture vibrante. À la saison des pluies, le paysage se métamorphose : les vallées se parent d’un vert iridescent tandis que les brumes d’altitude enveloppent les reliefs, transformant chaque panorama en un tableau empreint de mystère et de sérénité.

L’étymologie de Saputara, prend sa source dans le culte de la divinité-serpent, profondément vénérée par les populations autochtones. Sur les rives tranquilles du lac Sarpganga, une modeste effigie de pierre matérialise cette présence sacrée. Le site s’anime d’une ferveur toute particulière lors des grands jalons du calendrier rituel, notamment pour la fête printanière de Holi et lors de Nag Panchami, la célébration nationale des serpents. À cette occasion, les villageois convergent vers le rivage pour accomplir leurs dévotions et déposer leurs offrandes, perpétuant des rites ancestraux au cœur de la montagne.

C’est en août et septembre, au cœur de la mousson, que se tient le grand festival de Saputara, un événement destiné à célébrer l’éclat de ces collines et à valoriser le patrimoine des communautés autochtones. Durant un mois, la station vibre au rythme de manifestations culturelles où s’illustrent les célèbres expressions chorégraphiques des Adivasis.
Traditionnellement réservées aux grands jalons de l’existence comme les mariages ou les fêtes de Diwali et Holi, ces performances culminent avec le Dangi Nritya. Hommes et femmes y forment des cercles concentriques, enlacés par la taille, se mouvant au son envoûtant des percussions et des instruments à vent.

Les mouvements, d’une rapidité prodigieuse, s’enchaînent en une fraction de seconde avant de laisser place au clou du spectacle : l’édification d’une vertigineuse pyramide humaine. Prenant appui sur les épaules des hommes, les femmes s’élèvent dans les airs pour composer des figures sacrées à l’effigie de la déesse Durga ou du dieu Krishna, tout en poursuivant leur giration avec une grâce et une agilité suspendues.

Écrin aquatique ceinturé de douces collines, le lac de Saputara occupe le centre de la cité d’altitude. Lieu de villégiature privilégié, il invite à la détente à travers ses embarcations de plaisance, disponibles à la location tout au long de la journée, entre 8 h 30 et 18 h 30. Au-delà de son charme quotidien, ce site central devient le point d’orgue du festival de Saputara, accueillant le long de ses berges l’effervescence et la ferveur des célébrations locales.

Le crépuscule venu, les abords du musée tribal, sur la rive septentrionale du lac, s’animent du ballet des noctambules et des parfums des cuisines de rue. Parmi les étals, une halte s’impose pour savourer le joyau gustatif de Saputara : son chai traditionnel revisité, subtilement infusé de menthe, de gingembre et de citronnelle. Une alliance aromatique magistrale qui hisse ce thé au lait parmi les plus mémorables de mes voyages à travers le sous-continent.

Conservateur de la mémoire des premiers habitants de la région, le musée tribal de Saputara dresse un portrait fidèle et respectueux des traditions Adivasis. Ses galeries abritent de riches collections d’artisanat et d’objets du quotidien : masques rituels utilisés lors des grands festivals, parures, poteries de terre cuite et instruments de musique traditionnels.


Haut lieu de la dévotion jaïne, le Gajabhishek Tirth fascine par l’aura de son idole ancestrale de Shri Chintamani Gajabhishek Parshwanath, veillant sur les lieux depuis plus de cinq cents ans. L’édifice se distingue également par son ornementation : un délicat travail de sculpture habille ses accès, transformant chaque porte et chaque arche en une dentelle de pierre. La communauté locale assure un accueil chaleureux aux visiteurs, proposant des logements modestes et impeccables, propices au recueillement au sein même de ce havre de paix.

À l’extrémité méridionale du lac de Saputara, le temple de Nageshwar Mahadev s’impose comme l’un des lieux de ferveur les plus animés de la station. En ces lieux, le Seigneur Shiva est honoré sous sa forme de Nageshwar, le dieu des serpents. Le cœur du sanctuaire est un Shiva-lingam Swayambhu qui attire chaque jour de nombreux fidèles venus se recueillir devant ce symbole sacré surgit, selon la tradition, de la terre elle-même.


À deux pas du paisible Lake Garden, le centre d’apiculture de Saputara propose une plongée fascinante dans les secrets des abeilles et les savoir-faire ancestraux de la région. On y découvre l’intégralité du processus de récolte, ainsi qu’une diversité étonnante de techniques de ruchers traditionnels, allant des troncs d’arbres évidés aux poteries d’argile, en passant par les paniers de paille tressée. Une halte gourmande s’impose en fin de visite pour goûter à l’excellent miel biologique produit sur place, ainsi qu’à une variété de produits de la ruche dont la pureté reflète la richesse florale des collines environnantes.

À seulement un kilomètre et demi de Saputara, au cœur du village de Navagam, se dresse le temple de Ganesha. Ce gracieux sanctuaire offre aux pèlerins et aux curieux une découverte peu commune : l’iconographie y décline le dieu à tête d’éléphant sous huit formes distinctes, chacune incarnant un aspect singulier de sa puissance bienveillante. Une halte spirituelle empreinte de sérénité, idéale pour apprécier la richesse de la dévotion locale.

À l’est de Saputara s’ouvre le district des Dangs. Terre de tradition, cette région se distingue par un peuplement quasi intégralement composé de communautés autochtones. Les Bhils, Konkanis, Kunbis et Warlis en forment le socle vivant. Réunis sous l’appellation de Dangi, ces peuples partagent une mémoire commune indissociable de la forêt qui les entoure.
C’est depuis la cité d’Ahwa, siège administratif de la région, que s’organise la vie de ce district. Celui-ci se dessine à travers une mosaïque de villages pittoresques, blottis au cœur d’une nature exubérante qui déploie tout son éclat dès les premières pluies de la mousson.

Si Ahwa conserve l’allure d’un village paisible, il s’anime d’une ferveur exceptionnelle lors du Dang Darbar. Cette foire tribale, véritable point de ralliement des communautés de la région, se tient chaque année durant le festival de Holi, offrant une plongée authentique dans les traditions locales.


Joyaux saisonniers du district des Dangs, les chutes de Gira incarnent la métamorphose paysagère provoquée par la mousson. Situées à environ trois kilomètres de Waghai et cinquante kilomètres de Saputara, ces cascades offrent un spectacle éphémère d’une rare intensité. Le cours de la Gira s’y fracasse sur vingt mètres de dénivelé avant de fusionner avec le lit de la rivière Ambika. C’est en cette période privilégiée, où le paysage se gorge d’eau et de verdure, que le site révèle toute sa majesté, invitant le promeneur à une contemplation empreinte d’humilité face aux forces de la nature.


Poursuivant notre incursion vers l’est, nous atteignons le sanctuaire naturel de Purna. À deux heures de la chute de Gira, la nature nous offre ici un paysage saisissant : les cascades de Girmal, qui s’élancent dans un canyon vertigineux, trente mètres en contrebas. La région, bénie par une biodiversité florale exceptionnelle, se prête merveilleusement à l’exploration à pied. Pour le randonneur, chaque sentier traversant ces bois est une invitation à découvrir l’âme sauvage de ce district, véritable eden préservé.


Sur le chemin du retour vers Ahwa, les hauteurs proches du village de Subir abritent le temple de Shabari Dham, un lieu profondément ancré dans la mémoire collective.
Ce sanctuaire est le théâtre d’un épisode célèbre de l’épopée du Ramayana : la légende raconte que le dieu Rama et son frère Lakshmana, alors qu’ils arpentaient ces terres à la recherche de Sita, enlevée par le démon Ravana, firent halte sur cette colline. C’est ici qu’ils rencontrèrent Shabari, une femme issue d’une tribu locale, qui les accueillit avec une dévotion pure en leur offrant des baies. Aujourd’hui, les pierres sur lesquelles ils se seraient assis pour partager ce don sont vénérées comme des reliques sacrées au cœur même du temple.

Non loin du temple de Shabari Dham, le cours de la rivière Pampa dessine un paysage propice à la méditation. La tradition rapporte que c’est en ce lieu, dénommé Pampa Sarovar, que siégeait l’ermitage de Matang Rishi, guide spirituel de Shabari Mata. En foulant ces terres, le voyageur ne découvre pas seulement un site naturel d’une grande douceur, mais un espace où l’histoire s’efface devant le mythe, invitant à une halte empreinte de recueillement et de sérénité.

Merci Ady. Oui, le Zanskar est sûrement une des plus belles régions du Ladakh ! 🙂 Bien cordialement Mathini
Bonsoir,
Comme toujours vos reportages sont magnifiques,merci beaucoup.
Je reviens du Ladakh Zanskar ou j’ai fait un voyage merveilleux.
Cordielement