
Malgré les stigmates encore visibles des séismes de 1956 et 2001, Bhuj n’a rien perdu de son charme. Ancienne capitale de la région du Kutch, cette petite ville constitue une halte remarquable sur la route du célèbre désert de sel. Au détour de ses ruelles animées, les palais de miroirs et les temples sculptés racontent sa grandeur passée. Flâner dans son bazar coloré, c’est s’imprégner d’une Inde authentique, suspendue entre la ferveur de son histoire et l’immensité des paysages désertiques qui l’entourent.

Fondée en 1510 par le souverain local Maharao Hamir, Bhuj est restée un État princier indépendant sous la domination britannique. Lors de l’Indépendance et de la Partition en 1947, la région du Kutch a été rattachée à l’Inde, tandis que la province voisine du Sind rejoignait le Pakistan. Cette nouvelle frontière priva le Kutch de son accès historique au grand port de Karachi. Si la région est aujourd’hui apaisée, elle a longtemps été le théâtre de différends territoriaux entre les deux pays.

Le mot Kutch désigne une terre alternativement humide et sèche. Dans l’Antiquité, les « rann » (déserts) de la région étaient submergés par le fleuve Indus qui se jetait alors ici dans la mer. En 1819, un violent séisme a bouleversé la topographie locale : l’Indus a dévié sa course vers l’ouest, transformant les ranns en un vaste désert de sel. Pourtant, lors des fortes pluies de mousson, la nature reprend ses droits : les terres sont à nouveau inondées, laissant émerger des îles éphémères appelées « bets », à l’image de celle de Khadir.

Édifié au XIXe siècle par le Rao Pragmaji II, le Prag Mahal surprend par son architecture de style gothique italien, imaginée par le colonel britannique Henry Saint Wilkins. Bien que sévèrement touché par le séisme de 2001, le palais conserve des intérieurs au charme colonial, figés dans le temps. Le point d’orgue de la visite reste l’ascension de sa tour de l’horloge, haute de 45 mètres, qui offre un panorama grandiose sur toute la ville de Bhuj


Flamboyant témoignage du XVIIIe siècle, l’Aina Mahal ( le « palais des miroirs ») est né de la rencontre entre le Maharao Lakhpatji I et l’artisan visionnaire Ramsinh Malam, qui passa près de vingt ans en Europe à étudier le verre et l’architecture. De cette aventure est né un édifice unique au style métissé. Si le séisme de 2001 a laissé de profondes blessures, la section restaurée du palais s’est réinventée en un superbe musée. À travers ses collections, c’est toute l’histoire et le quotidien raffiné des anciens souverains du Kutch qui reprennent vie.


Si le terrible séisme de 2001 a détruit le sanctuaire originel édifié par Swaminarayan en 1824, un rutilant temple de marbre blanc et d’or s’élève aujourd’hui à sa place. Ce chef-d’œuvre architectural perpétue la mémoire de Sri Sahjanand Swami (connu sous le nom de Swaminarayan), un maître spirituel qui prônait la non-violence, la tolérance et l’égalité absolue entre toutes les religions, les castes et les peuples


Pousser les portes du musée de Bhuj, le plus ancien du Gujarat (1877), c’est s’offrir un voyage fascinant dans le temps. Créé sous l’impulsion du Maharao Khengarji, il préserve les derniers vestiges de l’écriture kutchie, une graphie oubliée au profit de l’alphabet gujarati. Parmi ses trésors historiques figure une fascinante collection de monnaies locales, les célèbres koris. Mais le cœur vibrant du musée réside dans sa section ethnographique : une véritable vitrine des cultures autochtones où s’exposent artefacts anciens, broderies éclatantes, peintures et instruments de musique traditionnels

Impossible de traverser l’Inde sans plonger dans la magie de ses bazars. À Bhuj, celui de la rue Saraf captive immédiatement les sens. C’est le royaume du shopping traditionnel, réputé pour ses Chania Cholis, de splendides vêtements brodés et parés de petits miroirs typiquement gujaratis. Mais le spectacle est aussi humain : le marché voit défiler un kaléidoscope fascinant des différentes communautés du Kutch. Un spot incontournable pour la photographie, à condition de prendre le temps d’échanger un regard ou un sourire pour obtenir leur précieux consentement…
EN SAVOIR + SUR LES PEUPLES DE KUTCH

Curieusement méconnus, les Chhatardis de Bhuj figurent rarement au programme des guides locaux. C’est pourtant un site hors du temps, niché au sud du lac Hamirsar, non loin du palais Ranjit Vilas. Ce lieu remarquable abrite les cénotaphes de la famille royale du Kutch, coiffés de dômes en forme de chhatris (parapluies). Leur architecture d’influence rajpoute intègre avec élégance des arches et des jalis (moucharabiehs) moghols. L’ensemble est magnifiquement sculpté de divinités, de couples, d’animaux et de scènes de chasse, offrant un spectacle d’une grande délicatesse…
EN SAVOIR + SUR CES CÉNOTAPHES

Le Ram Kund est sans doute le secret le mieux gardé de Bhuj. Récemment restauré par le département d’architecture de l’Inde (ASI), cet ancien puits à degrés (ou stepwell) est un chef-d’œuvre de géométrie. Situé à seulement quelques pas du lac, il offre une halte incontournable pour tous les amoureux d’histoire et de belles pierres.

C’est le village des tisserands de la communauté Vankar. On y fabrique à la main des châles, des tapis et des couvertures en laine locale ou en Kala Cotton (le coton bio du Kutch). Les motifs géométriques y sont d’une précision incroyable.

Entièrement reconstruit après le séisme de 2001, ce village est dédié à l’impression textile végétale. Les artisans y utilisent des tampons en bois sculptés pour appliquer des teintures naturelles (indigo, grenade, garance) selon un processus complexe de plus de 15 étapes.
C’est une étape incontournable qui concentre trois savoir-faire uniques :



Le clou du spectacle reste sans conteste le Rann of Kutch, un immense marais salé saisonnier de 7500 km2 s’étendant jusqu’à la frontière pakistanaise. Réputé pour être l’un des plus grands déserts de sel au monde, cette étendue blanche et irréelle offre un paysage à couper le souffle, particulièrement envoûtant au coucher du soleil…
LIRE LA SUITE +S’il est une adresse à retenir à Bhuj, c’est The Bhuj House. Cet ancien hôtel particulier parsi, édifié en 1894, a bénéficié d’une restauration d’une rare élégance. Déployant ses chambres autour d’une cour intérieure baignée de sérénité, la maison offre un accueil d’une chaleur inoubliable et une cuisine tout simplement divine.

Pour rejoindre ce havre de paix, le Kutch dispose de deux aéroports connectés à Bombay. Les voyageurs privilégieront celui de Bhuj, porte d’entrée parfaite pour explorer le mythique Désert Blanc, tandis que l’aéroport de Kandla, à 60 km de là, dessert la zone industrielle et portuaire de la région.
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