Les rituels de Navaratri dans l’état du Tamil Nadu

Dans l’état du Tamil Nadu (Inde du Sud), le festival de Navaratri honorant la Shakti ou force primordiale universelle, est célébré de façon unique en vénérant successivement trois déesses : Durga, Lakshmi et Saraswati ; trois jours étant dédiés à chacune d’entre elles. Ces festivités, ponctuées de rituels précis, se terminent symboliquement par la victoire de la lumière sur les ténèbres appelée Vijayadashami.


Les neuf nuits


En sanscrit, Nava signifie « neuf » et Ratri, »nuit » ; le festival est donc célébré pendant 9 nuits et 1 jour, le dixième jour étant celui de Vijayadashami, le jour de la victoire.

Les trois premières nuits de Navaratri sont dédiées à Durga, la déesse guerrière armée qui a pour véhicule un tigre ou un lion. Elle symbolise la force et la destruction des impuretés de l’esprit.

La déesse guerrière Durga

Les trois nuits suivantes, Lakshmi est vénérée. Posée sur un lotus, la main droite déversant des pièces d’or, elle symbolise la prospérité et l’abondance spirituelle.

Navaratri durga puja
Lakshmi, la déesse de la prospérité

Les trois dernières nuits sont consacrées à Saraswati, la déesse qui tient dans ses mains une veena (sorte de luth), un chapelet et le livre sacré des védas. Elle symbolise la connaissance, la sagesse et l’art.

Saraswati, déesse des arts et de la connaissance

De façon symbolique, Durga signifie l’action, Lakshmi la volonté et Saraswati le discernement.

« Durga fait ressortir la négativité cachée et Kali la détruit. Après avoir passé trois jours à arracher les mauvaises herbes du champ, le moment est venu de planter les semences. C’est au tour de Lakshmi d’intervenir, elle purifie nos intentions et notre cœur. Après avoir labouré pendant trois jours, il est temps de récolter ce que nous avons semé. C’est alors que Saraswati se manifeste, elle porte en elle la sagesse, la créativité et la clarté de la parole » (source : pathheart).

Le tri-Shakti, Lakshmi, Durga et Saraswati

Le neuvième jour, la veille de la victoire, a lieu l’Ayudha puja, la bénédiction des outils

A l’origine, ce sont les armes des guerriers qui étaient bénis. De nos jours, ce sont tous les outils que les personnes utilisent lors de l’accomplissement de leurs fonctions. Les fermiers, par exemple, font bénir leur matériel agricole, les musiciens leurs instruments de musique et les étudiants leurs livres d’étude. Les véhicules de fonction font aussi partie de la liste.

Bénédictions d’un véhicule lors de l’Ayudha Puja

Les petits outils et intruments sont posés au pied du Kolu (voir plus bas), des pottu (points) de pâte de santal et de kumkum sont appliqués sur chaque outil et une offrande de flamme est effectuée (aarti).

Le dixième jour est communément appelé Vijayadashami, le jour de la victoire de la lumière sur les ténèbres.

Durga terrassant le roi-démon Mahishasura

Selon la mythologie hindoue, Vijayadashami est le jour où la déesse Durga a terrassé le dieu-démon Mahishasura. Symboliquement, cela signifie que toutes les qualités des neuf jours précédents ont été intégrées. C’est un jour de bon augure pour commencer un nouvel emploi ou une nouvelle entreprise.

EN SAVOIR + SUR CE FESTIVAL

Les rituels de Navaratri


Les Kolams


Comme avant tout festival dans le Tamil Nadu, le devant des temples et maisons est décoré de Kolams. Ce sont des dessins géométriques faits au sol avec de la farine de riz ou de la poudre de craie colorée. Les hindous pensent que les Kolams apportent prospérité et chance dans les foyers.


Le Kolu


Un immense Kolu

Le premier jour de Navaratri, après un rituel à Ganesha, le dieu à tête d’éléphant, un rituel de bienvenue appelé « Kalasa Ahvanam » est effectué pour les déesses Durga, Lakshmi et Saraswati.

Cette cérémonie est suivie par la construction d’un escalier composé d’étagères en bois en nombre impair appelé « Kolu ». Après que le Kolu a été recouvert d’un tissu, différentes figurines y sont soigneusement placées.

Le mot tamoul « kolu » signifie « audience à la cour royale ». Il était utilisé dans les temps anciens quand le roi donnait audience à son peuple. Ainsi, les figurines sacrées, tout comme le roi, sont censées donner audience aux dévots.

Arati (offrande de flammes) au Kolu à l’Ashram Sri Premananda

Le Kolu représente des scènes de la mythologie hindoue ainsi que celles de la vie de tous les jours.

Traditionnellement, les figurines les plus importantes dans un Kolu sont les « Marapaachi« , c’est-à-dire, celles sculptées dans le bois. Parmi elles, les figurines de mariés, appelées « Marapacchi Bommai » sont les plus appréciées, elles sont décorées de nouveaux vêtements chaque année et transmises de génération en génération à la jeune mariée de la famille.


Les neuf graines ou Navadaniyam


Les neufs graines sont plantées

Le premier jour de Navaratri, dans le lieu où sont effectués les rituels, un bac de terre est installé et neuf sortes de graines appelées Navadaniyam sont plantées : Koodumai (blé), Nel (riz), Thuvaram (pois d’Angole), Payaru (soja vert), Kadalai (haricot du Bengale), Avarai (petit pois), Yel (sésame), Ulundhu (soja noir), Kel (pois chiche).

Les neuf kumbams entourés des neuf graines

Chaque graine représente une différente sorte de « Shakti« . Ces graines sont arrosées tous les jours lors d’un rituel dédié à Durga et, si elles poussent avec vigueur, ceci est considéré de bon augure pour l’année à venir.

Les graines ont poussé avec vigueur, signe de prospérité

Neuf kumbams (pots traditionnels en laiton) fermés par des des noix de coco sont disposés dans ce bac. Le dernier jour de Navaratri, ils sont versés sur la statue de la Mère Divine lors d’un abhishekam (voir ci-dessous).

On dit alors que les sept rivières sacrées de l’Inde* se trouvent dans ces kumbams et donnent à la statue une vibration divine.

* Ganga, Yamuna, Godavari, Saraswati, Narmada, Sindhu et Kaveri


Les abhishekams


Abishekam à la Mère Divine à l’Ashram Sri Premananda (Trichy – Tamil Nadu)

« Abhishekam » est un terme sanscrit désignant une activité de dévotion qui consiste à verser des libations sur la statue d’une divinité, le tout rythmé par le son des mantras.

Traditionnellement, les offrandes pour la Mère Divine sont constituées de lait, de yaourt, de ghi (beurre clarifié), de miel, de panchamritam (un mélange de cinq ingrédients sucrés), de kumkum, de vibhuti (cendre parfumée), de citrons verts et d’eau de rose.


L’abhishekam est en réalité un acte symbolique de purification intérieure, ce n’est pas la statue qu’on lave mais notre intérieur, notre égo.

« Nous donnons différents noms pour décrire Dieu. Certains l’appellent Dieu, Lakshmi, Muruga… Mais nous ne pouvons pas voir cette grande énergie qu’est le Divin. Vous lavez la statue de la Mère Divine, vous lui donnez un nom et la posez à un certain endroit. Cependant, vous ne faites pas l’abishekam à la divine shakti – seulement à la statue. Où se trouve la shakti ? Elle est à l’intérieur de vous. Vous faites la puja (rituel) à la shakti extérieure, mais vous devez parvenir au stade où vous faites la puja pour la shakti, l’énergie divine, qui est en vous” Swami Premananda


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