
Pour un dépaysement total, le Chhattisgarh est une destination incontournable. Cette terre, profondément marquée par l’héritage Adivasi, offre un visage méconnu et préservé de l’Inde. Au cours de ma troisième incursion dans cet état, j’ai eu la chance de séjourner chez les Dhurwa, près de Jagdalpur, dans le Bastar. Une expérience marquante qui s’inscrit dans la lignée de mes rencontres avec la diversité culturelle indienne
Le chemin vers le village des Dhurwa se fraye un passage à travers une jungle dense, où s’élèvent des arbres séculaires aux ramures impénétrables. Je progresse à moto, guidée par un autochtone dont la présence est indispensable pour pénétrer les confins isolés du Bastar. Bientôt, la piste s’efface pour laisser place à une clairière paisible, où se dessine la silhouette de quelques maisons coiffées de bardeaux traditionnels.

Je pousse le portail en bois et pénètre dans une cour en terre battue, bordée de longs billots de bois séchés. La maîtresse des lieux m’accueille avec une réserve toute naturelle ; ici, la discrétion est un art. Elle serre contre elle son petit-fils. En ce milieu d’après-midi, je m’installe dans la tente dressée dans l’arrière-cour. C’était avant que la maison d’hôtes, dont je vous parlerai plus loin, ne vienne transformer les lieux.

À l’arrière, la belle-fille s’active au feu de bois. Un riz aux légumes mijote doucement, un mets simple mais savoureux, composé de produits cueillis à même le potager. C’est là toute la richesse des zones rurales indiennes : une cuisine de l’essentiel. Tandis que les parfums s’élèvent, je profite de ce temps de pause pour m’aventurer sur les sentiers voisins. Mon objectif ? Tisser des liens au gré des rencontres et découvrir, par moi-même, le quotidien et les activités du village.

Je ne tarde pas à croiser les premiers habitants. En bordure de chemin, une femme s’affaire à la récolte de l’imli, le tamarin. Ce fruit emblématique, pilier de la gastronomie locale, est aussi prisé pour ses vertus médicinales, notamment dans le traitement des troubles digestifs. À ses côtés, un homme remplit méthodiquement de grands sacs de jute, qu’il arrime ensuite sur son vélo, préparant ainsi le transport de sa précieuse cargaison.

Mon escapade est interrompue par l’arrivée précipitée de mon guide à moto. Le soulagement, mêlé à une pointe de reproche, se lit sur ses traits ; ma solitude l’a manifestement préoccupé. Sans un mot, nous convenons qu’il est temps de rentrer. Le déjeuner nous attend ; nous reprenons donc la route, côte à côte, vers la demeure de nos hôtes.

L’après-midi se poursuit sous le signe de la rencontre. Avec mon guide, nous partageons un chaï chez les voisins, un moment de calme où les langues se délient. Mon hôte insiste pour me montrer ses talents d’archer, une habileté qui témoigne de l’héritage Dhurwa. Appartenant au grand groupe des Gond, ces peuples Adivasi ont longtemps perpétué un mode de vie fondé sur la chasse, la pêche et la culture de la terre, des traditions qui, malgré la modernité, continuent de forger leur identité.

La journée s’étire au gré de ces échanges spontanés, jusqu’à la tombée de la nuit. Nous nous retrouvons alors tous ensemble autour du feu, le rituel final de cette immersion. Entre nos mains, une calebasse contenant du salphi, cette sève fermentée que l’on surnomme ici la « bière » locale. Dans la danse des flammes, le silence laisse place aux sourires et aux histoires, le temps d’une soirée hors du monde

Au lever du jour, je suis déjà sur pied : je veux assister à la récolte du salphi. Je retiens mon souffle en regardant les hommes escalader les palmiers jusqu’à vingt mètres de hauteur, une ascension périlleuse effectuée avec une aisance déconcertante. C’est une véritable prouesse chimique qui s’opère ensuite : la sève fermente sous l’action des levures naturelles. En moins de deux heures, ce liquide blanc et sucré mute en une bière de sève légère et rafraîchissante, signature indéniable du quotidien des Dhurwa.
Ces alcools locaux, qu’ils soient issus de la sève de palme, du riz comme le « Zutho » du Nagaland, ou des abricots secs du Kinnaur (Chulli), font partie intégrante de la culture Adivasi. Ils ne se contentent pas d’accompagner le quotidien ; ils sont des piliers des rituels religieux, illustrant la relation intime et sacrée que ces communautés entretiennent avec les fruits de leur terroir.

Au fil des heures, je me laisse porter par le rythme du village. C’est là le pouvoir magique de ces lieux : ils nous obligent à nous ancrer dans l’instant présent, loin du tumulte du monde. Je profite de cette quiétude pour immortaliser quelques portraits de la famille qui m’accueille, cherchant à capturer dans leurs regards la simplicité et la sérénité de leur quotidien.

Pourtant, ma curiosité pour le quotidien des Dhurwa me pousse à explorer d’autres recoins du village. C’est ainsi que je fais la connaissance d’un couple de vanniers. Touchés par mon intérêt, ils me font l’honneur de revêtir leurs costumes traditionnels pour moi, un geste de partage qui me permet d’admirer la richesse de leurs parures et le savoir-faire qu’ils déploient au quotidien.

Mon regard est immédiatement happé par les bijoux de la dame. Le collier d’or, en particulier, attire toute mon attention : son pendentif, un paon délicatement serti d’un rubis, capte la lumière. C’est d’une beauté saisissante ; j’aime cette élégance qui, loin d’être ostentatoire, s’intègre avec une telle grâce dans la simplicité du quotidien.

Alors que je rangeais mon matériel photo, la dame est revenue avec un gigantesque chapeau en bambou tressé, d’au moins 1,20 m de diamètre ! Mon guide m’a expliqué que c’était un chapeau de mousson, utilisé comme parapluie pour travailler dans les champs. C’est vraiment ingénieux, et j’ai tout de suite sorti mon appareil pour immortaliser la scène.

Les récits de cette aventure pourraient se prolonger indéfiniment, mais rien ne remplacera jamais l’expérience vécue sur place. Comme je l’évoquais, mon guide et son épouse ont depuis édifié une maison d’hôtes au sein du village ; ils seront ravis de vous accueillir pour vous transmettre, à leur tour, la richesse des traditions Dhurwa. Alors, quel sera le jour de votre départ ? 🙂

Merci Patrick 🙂
Très bien ce reportage.
Bonjour, merci de votre message. Oui je comprends tout à fait. C’est un long débat cependant 😉 Bien cordialement, Mathini
magnifique mais pour protéger la planète je ne voyage plus….sauf pour voir mes enfants