
Synonyme de joie et de renaissance printanière, Holi est sans doute le festival le plus vibrant d’Inde. Placé sous le signe de la pleine lune de Phalgun, il mêle la célébration de la nature à l’hommage spirituel rendu au couple divin Krishna et Radha. Un spectacle d’une intensité visuelle unique qui attire les passionnés de photographie des quatre coins du monde.
Les festivités de Holi débutent la veille au soir avec un rituel nocturne : le feu de joie d’Holika Dahan, symbole incontournable du triomphe du bien sur le mal.

La tradition tire son nom de Holika, la sœur du roi-démon Hiranyakashipu. Devenu quasi indestructible grâce à une bénédiction divine, ce souverain tyrannique exigeait que son peuple le vénère à l’égal d’un dieu. Seul son propre fils, le jeune Prahlada, osa lui tenir tête, restant inébranlable dans sa dévotion au dieu Vishnou.

Enragé par ce refus d’obéissance, le roi tenta par tous les moyens d’exécuter son fils, en le jetant du haut d’une falaise, en le livrant à des éléphants ou à des serpents venimeux. Protégé par sa foi, Prahlada survécut à chaque épreuve. En désespoir de cause, Hiranyakashipu sollicita l’aide de sa sœur Holika, immunisée contre les flammes grâce à un manteau divin. Celle-ci attira l’enfant sur un bûcher incandescent pour l’y brûler vif.

Mais l’utilisation pervertie de son don provoqua le courroux divin : les dieux annulèrent le pouvoir d’Holika, qui fut consumée par les flammes, tandis que Vishnou protégea Prahlada des brûlures. Par la suite, la divinité terrassa le tyran et Prahlada accéda au trône pour régner avec sagesse.

En souvenir de cet épisode mythologique, des bûchers surmontés d’une effigie d’Holika sont embrasés la veille de Holi. Les croyants chantent et dansent autour du foyer avant de ramener quelques braises chez eux en signe de protection et de bénédiction.

Le jour suivant marque le cœur de Holi : une éruption de couleurs métamorphose la ville. Dans les rues en effervescence, une pluie de poudres éclatantes et d’eau colorée s’abat sur la foule.

Du visage jusqu’aux pieds, chacun se retrouve métamorphosé en toile vivante. L’effusion est totale, joyeuse, irrépressible et impossible de faire marche arrière ou de protester, car Holi abolit toutes les réserves.
Un maître-mot pour en profiter pleinement : l’anticipation. Dites adieu à vos vêtements préférés, protégez généreusement vos cheveux et votre peau avec un film d’huile végétale, et n’oubliez pas d’enfiler des lunettes de soleil pour préserver vos yeux.

À l’origine, les poudres de Holi étaient entièrement naturelles, fabriquées à partir de plantes issues de la pharmacopée ayurvédique : le curcuma pour obtenir l’ocre, le kumkum pour le rouge carmin ou encore l’hibiscus bleu pour l’indigo. Le passage à la nouvelle saison s’accompagnant souvent de refroidissements, le jet de ces poudres médicinales avait alors une vertu tant préventive que curative.

Malheureusement, les poudres modernes ont largement remplacé les pigments naturels par des composants chimiques, souvent commercialisés sans aucun contrôle de provenance ni de qualité. Difficiles à faire disparaître, ces poudres peuvent s’inscrire plusieurs jours sur la peau et le cuir chevelu, provoquant parfois de vives irritations et des allergies.

À l’origine, Holi offre une parenthèse d’affranchissement social : un moment de défoulement collectif où les règles et les interdits habituels s’effacent. Cependant, la fête peut parfois déraper en raison de la consommation excessive d’alcool ou de bhang (une préparation traditionnelle à base de cannabis). Sous l’emprise de ces substances, certains comportements masculins peuvent devenir incontrôlables.

Pour profiter sereinement de l’événement, il est préférable de participer aux festivités dans la matinée, avant que l’ambiance ne se dégrade sous l’effet de l’alcool. Pour les femmes, voyager accompagnées demeure vivement recommandé. Du reste, nombre de familles indiennes choisissent de ne pas se mêler à la foule de la rue, préférant célébrer Holi dans l’intimité de leur foyer.

Dans plusieurs régions d’Inde, la fête de Holi est indissociable de la figure du dieu Krishna. La légende raconte que Krishna arbore un teint bleu depuis que la démon Putana a tenté de l’empoisonner avec son lait maternel lorsqu’il n’était qu’un nourrisson.

En grandissant, le jeune dieu s’inquiétait de ne pas plaire à sa bien-aimée Radha et aux gopis (les gardiennes de vaches) à cause de cette différence physique. Lasse de l’entendre se lamenter, sa mère lui suggéra d’aller simplement colorer le visage de Radha par jeu. C’est ce geste taquin et affectueux qui est aujourd’hui commémoré à travers les jets de poudres de Holi.

Une autre variante du mythe dépeint Krishna comme un grand farceur, qui s’amusait à asperger les jeunes filles de son village avec de l’eau teintée, une coutume qui perdure notamment à travers les célébrations du Lathmar Holi.
À environ une heure de Mathura, le village deBarsana est le théâtre de deux festivités tout à fait uniques : le Laddu Holi et le Lathmar Holi. Organisées généralement une dizaine de jours avant la fête nationale de Holi, ces traditions spectaculaires attirent des milliers de visiteurs (pensez à bien vérifier les dates en avance).

Célébré la veille du Lathmar Holi, le Laddu Holi commémore la visite symbolique de Krishna à Barsana. Pour l’occasion, des milliers de laddus, de délicieuses patisseries rondes, sont lancées du haut du majestueux temple de Radha Rani vers la foule. Loin d’être un simple jeu, ces douceurs sont reçues avec une immense ferveur : elles sont considérées comme le Prasad, une nourriture sacrée et bénie par les divinités.

Traduisible littéralement par « le Holi où l’on frappe avec des bâtons », le Lathmar Holi s’inspire directement de la mythologie. Selon la légende, Krishna, venu du village voisin de Nandgaon, s’était rendu à Barsana (ville natale de Radha) pour taquiner sa bien-aimée et ses amies, les gopis. Pour se défendre, les jeunes femmes l’avaient alors chassé du village à coups de bâtons

Jour 1 (à Barsana) : les hommes de Nandgaon débarquent à Barsana en entonnant des chants taquins et provocateurs. Ils y sont accueillis par les femmes de Barsana armées de longs bâtons en bambou (lathis). Une confrontation joyeuse s’engage : les femmes frappent les hommes, qui s’abritent tant bien que mal sous des boucliers en cuir.
Jour 2 (à Nandgaon) : Le lendemain, les rôles s’inversent. Les femmes de Barsana se rendent à Nandgaon où les hommes les accueillent cette fois-ci par un véritable déferlement d’eau colorée.

Chez les peuples Adivasi (les communautés autochtones) Holi se distingue nettement des grandes batailles de poudres colorées des villes. Pour ces populations, la fête célèbre avant tout l’arrivée du printemps et la fin de la mousson, dans un hommage vibrant au renouveau de la nature.

Les réjouissances s’articulent autour d’un feu sacré au centre du village, où hommes et femmes exécutent des danses traditionnelles envoûtantes au son des tambours. C’est aussi un événement social majeur qui donne lieu à de grands marchés régionaux, véritables foires nuptiales où les jeunes des différents villages peuvent se rencontrer, séduire et choisir librement leur futur conjoint (voir les liens ci-dessous).
HAPPY HOLI 2020 TO YOU TOO!
happy holi to everybody!!