
Situé dans la région du Bastar (Chhattisgarh), le bourg de Barsoor s’étire le long des rives paisibles de l’Indravati, témoin de son passé prestigieux en tant que capitale de la dynastie Chhindak-Nagvanshi (du Xe au XIVe siècle). Il porte encore la splendeur d’une époque où il était surnommé la « ville des 147 temples et des 147 étangs », faisant de lui une étape fascinante pour quiconque souhaite s’immerger dans l’histoire de l’Inde.
À son apogée, Barsoor n’était pas un simple village, mais la capitale prospère du royaume hindou Chhindak-Nagvanshi. Les souverains y firent ériger, selon la tradition, 147 temples, chacun associé à un étang (talab) pour les besoins rituels et la gestion de l’eau.

Au XIVe siècle, l’ascension de la dynastie Kakatiya déplaça le centre de pouvoir vers Dantewada. Délaissée et progressivement engloutie par la forêt, la cité sombra dans l’oubli jusqu’à sa redécouverte archéologique. Entre mythes associant le site au roi démon Banasura ou au passage de Rama lors de son exil, Barsoor demeure aujourd’hui un paisible musée à ciel ouvert, ultime témoin de la puissance médiévale des Nagvanshi dans le Bastar.
Les Ganesha jumeaux de Barsoor constituent l’une des curiosités archéologiques les plus saisissantes du site.

Ces deux statues monolithiques de Ganesha, taillées dans d’imposants blocs de grès local, se distinguent par une facture sobre et directe. La plus grande d’entre elles atteint près de deux mètres de hauteur, une prouesse technique impressionnante pour une sculpture réalisée d’un seul tenant à cette époque.

La présence de deux statues de Ganesha, côte à côte, est un aspect fascinant. Dans la tradition shivaïte, Ganesha est le protecteur des nouveaux commencements et celui qui lève les obstacles. Le choix d’ériger deux statues monumentales dans une capitale royale comme Barsoor servait probablement de gardiens symboliques du site ou d’une enceinte royale disparue, assurant la prospérité et la sécurité de la cité.
EN SAVOIR + SUR GANESHA
Le temple Battisa, également connu sous le nom de « temple aux 32 piliers », demeure incontestablement l’édifice le mieux préservé de Barsoor. À l’instar des deux statues de Ganesha, il témoigne d’une architecture empreinte d’une grande sobriété.

Le nom du temple Battisa fait directement référence au mot « Battis », qui signifie « trente-deux » en hindi. Cette appellation souligne sa prouesse architecturale : trente-deux piliers y sont disposés avec une précision géométrique remarquable, délimitant un espace ouvert et aéré qui contraste avec l’obscurité habituelle des sanctuaires hindous de cette époque. Le temple s’élève ainsi sur un socle massif en pierre, supportant une vaste salle hypostyle.

Battista est dédié au dieu Shiva et se distingue par une disposition intérieure singulière : il abrite deux sanctuaires (garbhagrihas) distincts et côte à côte, chacun renfermant un lingam, avec, face à eux, le taureau sacré Nandi, monture de Shiva, en posture de vénération.

Cette configuration double suggère une importance rituelle particulière, peut-être destinée à célébrer deux aspects complémentaires de la divinité, ou à servir à des cérémonies royales spécifiques impliquant la lignée des souverains Nagvanshi.

L’un des lingams présente une particularité : il est installé sur une plateforme pivotante. Cette mobilité permettait vraisemblablement aux prêtres d’orienter la divinité lors de rituels spécifiques ou de processions.

Selon la tradition orale locale, la construction de ce temple fut le résultat d’un pari audacieux entre un oncle (mama), maître artisan renommé, et son neveu (bhanja), jeune prodige en devenir. Pour prouver leur expertise respective, ils auraient chacun relevé le défi de bâtir un temple complet en une seule journée. La légende raconte que le neveu, par son talent exceptionnel et sa diligence, aurait terminé sa construction avant son oncle.

L’oncle, dévoré par la jalousie face au succès fulgurant de son neveu et craignant que sa propre réputation ne soit éclipsée, aurait été poussé par son amertume à commettre un acte fatal contre le jeune prodige.

Au-delà du mythe, le temple Mama-Bhanja demeure l’un des fleurons de l’art Nagvanshi. Malgré l’érosion des siècles, les façades extérieures révèlent encore une grande finesse décorative, bien qu’elles soient désormais dépourvues de leurs statues originales.

La conception globale témoigne d’une maîtrise parfaite de l’équilibre des formes, typique de l’architecture médiévale du Chhattisgarh, où la rudesse du grès est adouci par la profusion de motifs ornementaux.

Situé près d’un étang pittoresque (le Buddha Talab), ce temple qui signifie « fils de la lune et du soleil » est dédié à Shiva et suggère une dimension cosmique. Cette nomenclature souligne l’importance des cycles célestes dans la pensée religieuse des souverains Nagvanshi, qui voyaient dans leurs temples des points de connexion entre le ciel et la terre.

Chandraditya se distingue par une conception architecturale plus aboutie, ornée d’une vaste gamme de sculptures allant des divinités majeures du panthéon hindou aux représentations de la vie quotidienne.

On y trouve des danseurs, des musiciens, des guerriers et des animaux mythologiques, le tout ciselé avec une précision remarquable dans le grès.

Le temple est également célèbre pour ses scènes explicites et des postures érotiques, traitées avec une grande liberté artistique. Dans la tradition shivaïte, ces représentations ne sont pas considérées comme obscènes, mais comme une célébration de la création, de la vie et des plaisirs terrestres dans le cadre du Dharma.
