
Au creux des collines boisées de la chaîne de Maikal, dans l’écrin sauvage du Chhattisgarh, le temple de Bhoramdeo dresse ses structures de pierre héritées de l’époque médiévale. Bâti par la dynastie des Nagvanshi, ce sanctuaire dédié au Seigneur Shiva déploie ses proportions harmonieuses et ses dentelles de bas-reliefs. Entre traditions spirituelles et savoir-faire ancestral, le site offre un témoignage marquant de l’histoire de l’art de l’Inde centrale.

Le complexe de Bhoramdeo est situé dans le district de Kabirdham, autrefois appelé district de Kawardha, au nord-ouest du Chhattisgarh. Établie au pied des collines boisées de la chaîne de Maikal, cette région borde le Madhya Pradesh et constitue une zone de transition naturelle entre les plaines de l’État et les reliefs forestiers escarpés des monts Satpura.

On accède au temple par un sentier longeant un lac paisible. En chemin, on découvre un petit sanctuaire rustique : une simple pierre enveloppée de tissu noir, posée au pied d’un banyan. Cet espace est dédié à la Shakti, l’énergie féminine universelle. Aux branches noueuses de l’arbre pendent des étoffes noires, flottant au vent comme autant de vœux silencieux offerts par les pèlerins
Construit entre le VIIe et le XIIe siècle avec une structure principale datant de la fin du XIe siècle, Bhoramdeo témoigne du raffinement artistique de la dynastie Naga (Phani Nagvansh /Nagvanshi).

Le temple a été érigé sous l’égide de souverains influents de Kawardha, tels que les rois Ramchandra et Gopaladev. La présence de ce dernier est d’ailleurs attestée par une inscription sur la statue d’un yogi, située à l’intérieur du mandapa ; une sculpture que j’avais initialement prise pour le dieu singe Hanuman.

Quant à l’origine du nom « Bhoramdeo », elle demeure entourée de mystère et d’hypothèses variées. Certains y voient une référence à une divinité indigène (Baiga ou Gond) assimilée au Seigneur Shiva, tandis que d’autres attribuent le nom à un roi de la tribu Gond, Bhoram Dev.
Le temple de Bhoramdeo illustre avec éclat le style architectural Nagara, caractéristique de l’Inde du Nord et du Centre. Il se distingue par l’équilibre de ses proportions, la rigueur de son plan et la profusion de ses décors sculptés.
Bhoramdeo est fréquemment comparé aux célèbres temples de Khajuraho et au temple du soleil de Konark en raison de ses sculptures érotiques.

Il convient toutefois de rappeler que ces représentations sensuelles étaient monnaie courante dans la quasi-totalité des édifices religieux de l’époque, rappelant que la matière doit être transcendée pour atteindre le divin.

Édifié sur une haute terrasse en pierre (jagati), le sanctuaire suit un plan classique. Il s’articule autour d’un porche d’entrée (ardhamandapa), d’une vaste salle hypostyle (mandapa) dotée de balcons ouverts, d’un vestibule (antarala) et enfin du sanctuaire principal abritant la divinité (garbhagriha).

En face de l’entrée du temple trône l’éternel Nandi, la fidèle monture du dieu Shiva, auquel les fidèles viennent confier leurs vœux les plus chers en le lui chuchotant délicatement à l’oreille.

Contrairement à ses riches façades, l’intérieur de Bhoramdeo se distingue par une plus grande sobriété. Une exception remarquable retient toutefois l’attention : la porte d’entrée, dont l’encadrement est finement sculpté de motifs de feuillages, de divinités et de gardiens (dvarapalas).


Au cœur de ce sanctuaire intime, le garbhagriha abrite un Shiva-lingam, symbole sacré de la divinité, recouvert d’une armure d’argent. Dans une atmosphère de profonde dévotion, les pèlerins viennent s’y recueillir et s’assoient à même le sol pour accomplir leurs rituels.

De retour à l’extérieur, le regard est captivé par la flèche (sikhrara) monumentale qui surplombe le sanctuaire. S’élevant selon un plan complexe de type saptaratha (à sept redents), elle est savamment ornée de répliques miniatures de tours (urusringas) qui accentuent l’élan vertical de l’édifice tout en créant un jeu d’ombres et de lumières saisissant.


Ces murs extérieurs sont d’ailleurs somptueusement ciselés de frises représentant des divinités du panthéon hindou (Shiva, Vishnu, Ganesha, Surya), des danseurs célestes (apsaras). Ces bas-reliefs témoignent d’un sens du détail remarquable et d’une maîtrise absolue de la pierre.

Dernier détail remarquable de cette architecture : les sculptures logées dans les niches ont été façonnées dans de la chlorite, une roche verdâtre qui contraste élégamment avec le grès ocre du temple. Sur les hauteurs du sanctuaire, l’effigie de la déesse Chamunda sculptée dans cette pierre se fait remarquer pour son intensité.

Chamunda est une figure puissante et redoutable de la Shakti et l’une des sept Mères divines (Sapta Matrikas). Associée au tantra pour sa puissance ésotérique, elle était probablement vénérée par les populations tribales locales bien avant l’hindouisme. Symbolisant la destruction des forces du mal et le dépassement des peurs, elle est représentée sous une apparence terrifiante (corps émacié, crocs, guirlande de crânes) et armée pour accomplir son rôle de guerrière cosmique.


Situé près du temple principal, l’Istaliq (ou temple de briques) est le vestige le plus ancien du site. Bien qu’en grande partie en ruine et réduit à son seul sanctuaire, cet édifice en briques cuites (ishtika) abrite encore un Shiva-lingam.


À quelques centaines de mètres du sanctuaire principal, le Chherki Mahal surprend par sa grande simplicité. Édifié au XIVᵉ siècle par la dynastie Nagavanshi, ce petit temple dédié à Shiva tire son nom du mot local désignant les chèvres, rappelant qu’il servit longtemps d’abri aux bergers. Érigé en briques et en grès sur un plan épuré, il abrite un simple Shiva-lingam dans une atmosphère intimiste et paisible.


Érigé au XIVe siècle par la dynastie des rois Phani Nagavanshi, ce temple singulier tire son nom de sa structure qui évoque un mandap (un pavillon de mariage traditionnel). Sa particularité réside dans ses murs extérieurs, qui sont presque entièrement ornés de sculptures du Kamasutra ! Il abrite en son sein un Shiva-lingam posé sur une plateforme circulaire sculptée.


