
À une soixantaine de kilomètres de Bhuj, la douceur maritime de Mandvi offre un contraste saisissant avec la rigueur du désert. Cette charmante cité côtière du Kutch est souvent l’ultime escale d’un périple dans la région, idéale pour s’accorder une parenthèse sereine sur sa plage de sable blanc avant de reprendre la route d’Ahmedabad. Flâner le long du fleuve Rukmavati permet de plonger dans l’histoire : au XVIIIe siècle, Mandvi était un carrefour maritime majeur où des centaines de navires reliaient le Kutch à l’Afrique de l’Est, au Malabar (Kerala) et au golfe Persique. Ce savoir-faire unique survit magistralement dans ses chantiers navals à ciel ouvert, où des artisans continuent de façonner à la main de gigantesques navires en bois destinés aux pays du Golfe.

Si la légende veut que Mandvi tire son nom du sage Mandavya de l’épopée du Mahabharata, qui y aurait vécu, sa fondation officielle remonte à 1580. Elle est l’œuvre du Rao Khengarji I, un Rajpoute Jadeja originaire de Morbi et souverain du Kutch. Après lui, dix-huit rois de cette même dynastie se succéderont à la tête de la région jusqu’à l’intégration du royaume dans la jeune République indienne.
Le faste de la dynastie Jadeja résonne encore à Mandvi. De leur long règne subsistent le splendide palais de Vijaya Vilas, mais aussi les fiers vestiges de ce qui fut une imposante muraille défensive protégeant jadis la ville entière.


Mandvi m’a accueillie en fin de journée, point d’orgue lumineux après une traversée de la pittoresque région du Kutch. Depuis mon hôtel en front de mer, le coucher de soleil s’est offert à moi comme un tableau vivant. Sur le sable, les familles, les couples, mais aussi les chevaux et les chameaux des promeneurs se dessinaient en ombres chinoises contre l’horizon flamboyant. Quelle merveilleuse entrée en matière ! Loin de l’agitation, Mandvi invite à la détente : sa plage est impeccable et ses eaux sont d’un calme olympien. Un véritable appel à la baignade à ne manquer sous aucun prétexte.

Si votre budget le permet, je vous conseille vivement de séjourner au Serena Beach Resort. C’est l’adresse la plus chic de Mandvi. Ses superbes cottages, joliment décorés à la manière des tentes du désert, s’allient à une belle piscine, des buffets généreux et une vaste plage privée de sable fin. Pour parfaire cette parenthèse de détente, le complexe propose également d’excellents massages ayurvédiques : une expérience hautement recommandée.


Pour les budgets plus serrés, l’hôtel HV Beach Resort est une excellente alternative. Également situé en front de mer, cet établissement propose des prestations très correctes et un accès direct à la plage, idéal pour profiter du littoral sans se ruiner

Impossible de quitter Mandvi sans visiter le palais Vijay Vilas. Blotti dans un écrin de nature non loin de la plage, ce chef-d’œuvre en grès fut commandé dans les années 1920 par le Maharao Shri Khengarji III.

Son architecture est un formidable voyage en soi : la majesté rajpoute y côtoie la géométrie de fenêtres Art déco, la finesse de jalis ciselés et des courbes inspirées du Bengale. Une alchimie si romantique que le cinéma indien y tourne régulièrement ses plus grandes histoires d’amour, et que les futurs mariés s’y pressent pour des séances photo royales.

La visite s’avère intimiste puisque seules deux pièces se dévoilent au public : un salon feutré aux nuances bordeaux et crème, et une impressionnante salle à manger.

Le reste du palais abrite la vie privée de la famille royale du Kutch. Cette dernière s’y est installée à plein temps après le terrible tremblement de terre de 2001, qui avait rendu leurs palais de Bhuj inhabitables, même si le couple royal séjourne aussi régulièrement à Bombay et à Londres.

Quant au célèbre camp de tentes qui permettait autrefois de dormir sur la plage privée du palais, il a malheureusement fermé ses portes, laissant le rivage à sa tranquillité sauvage.

En rejoignant les berges de la Rukmavati, on plonge dans l’âme maritime de Mandvi. Ses célèbres chantiers navals offrent une expérience rare : celle de marcher librement au milieu de squelettes de bois monumentaux et de voir naître des navires séculaires. Dans une joyeuse cacophonie de marteaux et de scies, les charpentiers de marine perpétuent un savoir-faire vieux de quatre siècles.
À l’exception de quelques outils électriques, tout est resté d’époque. Les artisans travaillent le bois de sal et le gommier rouge, des essences d’une solidité à toute épreuve, sculptant les planches à la main pour épouser les courbes de la coque.

Ces imposants boutres traditionnels, capables de transporter jusqu’à 2000 tonnes de marchandises, prendront la mer pour de lointains voyages marchands vers les côtes du Kenya, d’Oman ou du Yémen, maintenant vivant le lien historique entre le Kutch et l’océan Indien.

Bien que de construction récente (1982), le temple jaïn 72 Jinalaya, également connu sous le nom de Bauter Jinalaya, mérite assurément une halte. Fidèle à la splendeur des sanctuaires de la foi jaïne, cet édifice monumental est entièrement sculpté dans un marbre blanc d’une finesse remarquable. Le site s’organise autour d’un sanctuaire central dédié à Mahavira, le 24e et dernier Tirthankara (passant de la rive, ou guide spirituel), lui-même ceinturé par 72 petits temples secondaires. Déployé sur un domaine de 32 hectares, le blanc immaculé de l’architecture crée une atmosphère à la fois éclatante de lumière et profondément propice à la sérénité.
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