Le Mont Girnar, le toit sacré du Gujarat

Majestueux et sacré, le mont Girnar s’impose comme l’un des joyaux du Gujarat. Cette montagne mystique, qui domine la ville de Junagadh, se mérite : gravir les 9 999 marches serpentant jusqu’à son point culminant est un défi physique gravé à jamais dans la mémoire de ceux qui le tentent. Heureusement, la ferveur des pèlerins transforme cette épreuve en une expérience profondément conviviale et solidaire. C’est une immersion totale dans l’Inde mystique, couronnée par des paysages à couper le souffle.

Le Mont Girnar pendant le pèlerinage matinal

Dressant ses silhouettes de pierre à quatre kilomètres de Junagadh, le mont Girnar (ou mont Neminath) s’impose du haut de ses 1118 m comme le toit du Gujarat. Plus qu’une frontière géographique, c’est une terre sacrée où fusionnent les ferveurs, abritant sous un même ciel des temples hindous et dérasars jaïns.

Un de temples jaïns du complexe

Les flancs de la colline, secrets et paisibles, abritent une constellation d’ashrams et d’ermitages dédiés à la méditation. Une fois par an, le lieu devient le théâtre d’une grande pradakshina : une circumambulation rituelle d’une immense sacralité, qui fait directement écho aux marches sacrées du Mont Govardhan à Mathura ou du mont Arunachala dans le Tamil Nadu.

Le téléphérique vers les sommets du mont

L’ascension peut se faire entièrement à pied, mais elle exige une excellente condition physique : comptez alors entre 6 et 7 heures de marche pour une personne sportive. Pour les autres, un téléphérique moderne permet désormais de rejoindre rapidement les hauteurs (voir info pratiques plus bas).


Le pèlerinage du Mont Girnar à pied


Damodar Kund

Le pèlerinage s’élance depuis les eaux sacrées du Damodar Kund. Pour s’épargner la chaleur écrasante de la mi-journée, l’idéal reste de se mettre en route dès 5 h du matin, à l’heure où l’air est encore frais.

Shri Radha Damodar Temple en face du kund
Le temple de Bhavnath et son bassin sacré dédié à Shiva

Les premiers pas du parcours mènent devant le fameux temple de Bhavnath, haut lieu de dévotion dédié à Shiva. C’est ici que se déroulent les célébrations de Mahashivaratri (voir plus bas), une halte inspirante qui donne le ton de l’aventure physique et humaine qui s’annonce.

L’aventure commence véritablement sous un porche de pierre, au-delà duquel s’effacent les derniers petits sanctuaires de la vallée. On progresse d’abord à la lueur vacillante des lampes de poche. Lentement, le jour se lève, révélant la silhouette sauvage et vallonnée des crêtes environnantes. Et l’on grimpe, inlassablement. 1 000, 2 000, 3 000, 4 000 marches… Chaque palier franchi est une petite victoire.

Embouteillage sur les chemins étroits du pèlerinage
L’ensemble de temples jaïns

À la 4 000e marche, l’effort est récompensé par l’apparition d’un haut plateau qui abrite un ensemble de temples jaïns, édifiés entre les XIIe et XVIe siècles. Parmi ces joyaux de pierre, le temple de Neminath (XIIe siècle) est de loin le plus illustre. La légende raconte que Neminath, le 22e Tirthankara (un maître spirituel et éveillé du jaïnisme), atteignit ici le moksha (la libération ultime) après sept siècles d’une profonde méditation.

L’idole d’Amba Mata

En atteignant la 6 000e marche, le temple hindou d’Amba Mata se dévoile enfin aux regards. Ce sanctuaire hautement vénéré possède la particularité de rassembler aussi bien les fidèles hindous que jaïns. C’est également un lieu de passage incontournable pour les jeunes mariés, qui n’hésitent pas à entreprendre cette longue ascension pour venir y faire bénir leur toute nouvelle union.

Gorakhnath, le plus haut sommet de Girnar

Il faut encore braver 2 000 marches supplémentaires pour conquérir le point culminant du massif : le sommet de Gorakhnath. À cette altitude, le défi physique se double d’un grand mysticisme. La tradition locale raconte que le roc a gardé la mémoire du passage du grand ascète, et les pèlerins se pressent pour y vénérer les empreintes sacrées de Gorakhnathji gravées dans la pierre.

Pause pour se rafraîchir
Après Gorakhnath, il faut redescendre puis remonter à nouveau

Face à ce panorama à couper le souffle, le temps s’arrête le temps d’un repos bien mérité. C’est alors que le mental prend le relais du corps, car le final s’avère particulièrement rude pour nos gambettes : une descente de 1 000 marches suivie immédiatement par le tronçon le plus redoutable, les 999 dernières marches à escalader. Après un total de 3 heures d’efforts intenses, le sanctuaire ultime se dresse devant vous. L’aventure est accomplie.

Refuge d’un saddhou
Saddhou dans sa grotte sur le chemin du temple de Dattatraya

C’est sur la pointe rocheuse du pic Dattatreya que s’achève ce voyage vertical. Dans la pénombre de ce modeste temple d’altitude, les pèlerins se recueillent devant les padukas de Dattatreya. Cette divinité unique englobe en son être toute la majesté de la Trimurti, unissant dans un même souffle les dieux cosmiques Brahma, Vishnou et Shiva. Suspendu au-dessus des nuages, le lieu respire une ferveur millénaire.

La dernière montée exigeante vers le temple de Dattatreya
Le temple de Dattatreya

Un rapide darshan (vision sacrée) au cœur du temple, et le voyage se poursuit déjà dans le sens inverse. Si la descente s’avère plus rapide, les jambes commencent sérieusement à trembler sous l’effort.

Vue sur les monts à la sortie du temple de Dattatraya

[ REGARDEZ ! Mon pèlerinage au Mont Girnar ]


Mahashivaratri Bhavnath Mela


Les Naga Saddhus

Chaque année, entre février et mars, lors de la nuit sans lune du mois de Magha, le temple de Bhavnath s’embrase pour la Mahashivaratri, la grande nuit dédiée au dieu Shiva. Pas moins d’un million de pèlerins convergent alors vers ce point de la Terre.

Naga Sadhus at the Bhavnath Mela

Événement mystique parmi les plus impressionnants d’Inde, il voit des centaines de Naga Sadhus (les ascètes nus) descendre des hauteurs de l’Himalaya pour converger vers le sanctuaire. Durant cinq jours, une foire grandiose s’installe au pied de la montagne, rythmée par les chants de musiciens chevronnés qui se relaient jour et nuit pour faire vibrer la vallée.

Mais la véritable apothéose de la foire reste la procession des Naga Bawas, qui s’élance au cœur de la nuit, à minuit précis. Dans une atmosphère électrique, des centaines d’ascètes nus et de sadhvis (renonçantes) s’unissent dans ce cortège mystique. Les festivités atteignent leur paroxysme lors du bain sacré rituel dans les eaux du Mrigi Kund, le bassin du temple de Bhavnath. Purifiés par l’eau sainte, les dévots se rassemblent enfin pour la Maha Puja, la grande cérémonie finale célébrée avec ferveur autour du shiva-lingam du sanctuaire.


Lili Parikrama


Parikrama autour du mount Girnar

Emprunté au sanskrit, le mot Pradakshina (ou Parikrama) désigne l’acte sacré de la circumambulation. C’est à ce rite millénaire que se plient les pèlerins en entreprenant le tour du mont Girnar : un périple pédestre de 36 kilomètres à la sacralité immense. S’élançant depuis la porte de Rupayatan, l’itinéraire serpente à travers la nature et les villages-étapes. Il faut compter environ trois jours d’une marche habitée par la foi pour rallier l’arrivée, située au vénérable temple de Bhavnath.


Informations pratiques


S’y rendre et loger

Comment venir ? En train : La gare de Junagadh est bien connectée à Ahmedabad, Rajkot et Mumbai. En avion : L’aéroport le plus proche est celui de Rajkot (environ 100 km) ou de Hirasar.

Deck forest retreat un 5* avec vue sur le mont Girnar

Où loger ? Il y a de nombreux hôtels à Junagadh, mais pour les pèlerins et randonneurs, les Dharamshalas (hôtels associatifs/religieux) et les hôtels situés directement à Bhavnath Taleti (au pied de la montagne) sont idéaux pour commencer l’ascension très tôt mais rustiques pour la plupart.

La guesthouse Bilkha Heritage est l’option idéale près de Girnar : un accueil familial chaleureux et le calme absolu de la campagne pour se ressourcer loin de la foule après l’effort intense de l’ascension.

Bilkha Heritage, une guesthouse familiale chaleureuse à proximité de Girnar

Autrement, pour plus de confort, vous pouvez rester à Junagadh Bellevue Sarovar ou dans un resort de luxe autour de Girnar, the deck forest retreat

A pied ou en téléphérique ?

Le mont Girnar compte 9 999 marches au total jusqu’au dernier pic.

Option Randonnée

Si le téléphérique offre le confort, la randonnée pédestre ouvre la porte à une dimension humaine unique que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Marcher au milieu de la foule, c’est aussi se laisser porter par l’énergie du groupe. Les chants dévotionnels rythmés, les éclats de rire, et les exclamations partagées comme « Jai Girnari ! » ou « Har Har Mahadev ! » créent une transe collective. L’effort individuel se dissout dans une marche chorégraphiée par la foi et la culture.

Comme lors de tous les pèlerinages du monde, la randonnée ouvre la porte à une dimension humaine unique
  • Difficulté : élevée. Une excellente condition physique est requise.
  • Durée : comptez 6 à 8 heures pour l’aller-retour à un rythme soutenu (3-4h de montée, 3h de descente).
  • Le timing idéal : commencez l’ascension vers 4-5 h du matin. Cela vous permet de grimper à la fraîche, d’éviter le soleil de plomb et d’admirer le lever du soleil depuis les hauteurs.
La randonnée permet de rencontrer des pèlerins de toute l’Inde, ici des voyageurs du Shekhawati (Rajasthan)
Option Téléphérique (Girnar Ropeway)

L’un des plus longs d’Asie, le téléphérique du mont Girnar offre une alternative ultra-sécurisée face aux éléments (arrêt automatique en cas de vents forts). Durant la mousson, le voyage devient magique : bien à l’abri, vous survolez un panorama spectaculaire de montagnes verdoyantes et de pics noyés dans la brume.

La vue sur les temples jaïns du téléphérique (pendant la mousson)
  • Trajet : il vous mène de la base (Bhavnath) au dessus des temples jaïns en moins de 10 minutes (l’équivalent de 5 000 marches économisées).
  • Horaires : généralement ouvert de 8 h à 17 h (attention, cela peut fermer en cas de vents très forts).
  • Attention : le téléphérique ne vous dépose pas au sommet ultime. Pour atteindre le pic de Dattatreya, il vous restera tout de même environ 3 000 marches à monter et descendre à pied depuis la station d’arrivée.

Que prendre dans son sac ?

  • Chaussures : d’excellentes chaussures de marche ou de trail avec une bonne accroche. Note : vous devrez vous déchausser à l’entrée de chaque temple.
  • Lampe frontale : indispensable si vous commencez l’ascension de nuit.
  • Hydratation et nutrition : il y a de petites échoppes tout le long du parcours vendant de l’eau, du thé (chai), des boissons énergisantes et des snacks (bananes, biscuits). Inutile de trop vous charger, mais ayez toujours une bouteille d’eau sur vous.
  • Vêtements : habillez-vous chaudement si vous partez de nuit (il fait frais au sommet avant l’aube) avec des épaisseurs faciles à enlever dès que le soleil se lève. Prévoyez une tenue décente (épaules et genoux couverts) pour respecter le caractère sacré des lieux.

Quand s’y rendre ?

  • Meilleure période : de novembre à février (saison fraîche). Le climat est sec et les températures sont parfaites pour la marche.
La beauté du mont Girnar pendant la mousson est indescriptible !
  • La mousson (juin à septembre) pour l’accès en téléphériques seulement, les paysages sont grandioses ! Eviter la longue randonnée car les marches deviennent extrêmement glissantes.
Girnar pendant la mousson, un must !
  • En février/mars pour le festival de Mahashivaratri (la foire de Bhavnath avec les Naga Sadhus).
  • En novembre (juste après Diwali) pour la Lili Parikrama (la grande marche sacrée de 36 km autour de la montagne).

Attention : pendant ces deux événements, le site est bondé (des centaines de milliers de personnes) et les hôtels sont complets. Faites vos réservations plusieurs mois à l’avance !

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