
Sur la colline de Shatrunjaya, les temples de Palitana s’élèvent comme une prière de marbre, caressant les cieux de leurs clochers effilés. Le pèlerin et le voyageur s’y rejoignent dans un même effort, gravissant les 3 500 marches qui mènent à cette ville sainte jaïne. L’ascension silencieuse offre une parenthèse suspendue : elle permet d’admirer la majesté de l’horizon tout en traçant un subtil chemin intérieur.

Au pied de la colline sacrée de Shatrunjaya s’étend Palitana. Si elle n’est aujourd’hui qu’une paisible cité du Gujarat, elle fut jadis la fière capitale d’un État princier, fondée par le noble rajpoute Thakore Saheb Shahji.

C’est vers les hauteurs que tous les regards convergent. En sanskrit, Shatrunjaya résonne comme une promesse : « le lieu de la victoire sur les ennemis intérieurs », une invitation à terrasser ses propres passions, la colère et l’ego. Aux côtés du Mont Abu, de Girnar et de Shravanabelagola, ce mont sacré s’impose comme l’un des quatre piliers de la foi jaïne, un phare spirituel que tout dévot aspire à gravir au moins une fois dans sa vie.

L’aura mystique de Shatrunjaya est ancrée dans la nuit des temps. C’est sur ces pentes sacrées qu’Adinath, le tout premier Tirthankar ou « passeur de gué », brisant le cycle des réincarnations, atteignit l’illumination sous l’arbre de la banyan. Marchant dans ses pas texturés de pureté, vingt-trois des vingt-quatre grands maîtres de cette religion vinrent y sanctifier le sol de leurs méditations.

Couronnant le sommet, Palitana déploie le plus vaste et le plus grandiose complexe jaïn au monde, une véritable ville céleste où ne résident que les dieux. Plus de 800 temples de marbre blanc s’y regroupent, harmonieusement répartis au cœur de neuf enceintes fortifiées appelées tuks.

Ce chef-d’œuvre architectural est une résurrection : si les premiers sanctuaires virent le jour autour du XIe siècle, la fureur des invasions musulmanes des XIVe et XVe siècles les réduisit en cendres. Tel le phénix, la cité sainte renaquit de ses ruines dès le XVIe siècle grâce à la dévotion des marchands jaïns, qui rebâtirent la majeure partie des splendeurs que l’on contemple aujourd’hui.

Au centre de cette constellation de pierre, le temple d’Adinath demeure le foyer ardent de la ferveur des pèlerins. Dans le saint des saints, la statue du premier prophète, sculptée dans un marbre d’une blancheur immaculée, est parée d’or et sertie de pierres précieuses, capturant la lumière des lampes à huile.

Non loin de là, parmi les autres édifices remarquables qui ponctuent la crête, se dresse le temple des Digambars, la branche du jaïnisme des « vêtus de ciel », dont les moines ascètes poussent le renoncement jusqu’à la nudité totale. Ce sanctuaire particulier abrite neuf autels d’une grande délicatesse. En son centre siège l’effigie d’un mètre de haut de Bhagawan Shantinath, le seizième Tirthankar, taillée dans un bloc de pur marbre blanc dont la sérénité minérale semble suspendre le temps.
Épouser le rythme de la marche : comptez au moins une demi-journée, voire davantage selon votre pas, pour accomplir les 7 kilomètres de ce périple aller-retour. L’idéal reste de franchir les premières marches dès l’aube, afin de devancer les chaleurs caniculaires et de goûter à la fraîcheur mystique du matin.

L’option porteurs : si les 7 kilomètres de marche ou les 3 500 marches vous semblent insurmontables, sachez qu’il existe une solution traditionnelle et très organisée. Dès l’aube, au point de départ du sentier, des porteurs proposent leurs services pour effectuer l’ascension à votre place. Pensez simplement à fixer le tarif officiel avant le départ et à prévoir un pourboire pour saluer ce travail de titan.

Honorer la terre sacrée : l’ascension appelle au respect absolu des préceptes jaïns, fondés sur la ahimsa (la non-violence stricte). Ainsi, aucun objet en cuir, qu’il s’agisse d’une ceinture, d’un portefeuille ou d’une lanière, ne doit franchir les portes de la colline. De même, une tenue décente et couvrante est de mise : les shorts, les hauts sans manches et les vêtements trop ajustés sont à proscrire.

Marcher la besace légère : afin de préserver la pureté du site, abstenez-vous d’emporter de la nourriture. Glissez simplement une gourde d’eau dans votre sac, le mont étant une zone farouchement préservée de tout plastique.
Le repos des dieux : n’oubliez pas que Shatrunjaya est considérée comme la demeure suprême des divinités. À ce titre, le mont doit être rendu au silence absolu dès le crépuscule : personne, pas même les prêtres des temples, n’est autorisé à y passer la nuit.
Qu’on se le dise, l’hébergement au pied de la colline sacrée brille davantage par son austérité que par son raffinement. Les hôtels y sont pour la plupart très rustiques, parfaits pour une halte purement fonctionnelle mais avares en confort.

Au milieu de cette offre spartiate, seul le Vijay Vilas tire magnifiquement son épingle du jeu. Cet ancien palais d’été, érigé en 1906 par le Maharana Vijay Sinhji, a conservé tout son charme d’antan. Ses hauts plafonds, ses meubles d’époque et ses vastes vérandas offrent une plongée nostalgique dans le faste des États princiers du Gujarat. C’est l’endroit parfait pour savourer le silence du crépuscule, un verre de thé à la main, tout en contemplant au loin la silhouette majestueuse de la colline de Shatrunjaya qui s’embrase au coucher du soleil.

Note du voyageur : le domaine ne dispose que de 6 chambres uniques. Autant dire que les places sont chères et s’envolent vite : ne tardez pas à réserver si vous souhaitez vous offrir ce privilège au pied de Shatrunjaya.
Si vous ne trouvez pas votre bonheur à Palitana ou si vous recherchez des hôtels de standing international, loger à Bhavnagar (située à environ 50-55 km) est une excellente alternative. Il vous suffit ensuite de prendre un taxi tôt le matin (comptez environ 1h15 de route) pour arriver au pied de la colline de Palitana dès l’aube.

Vous pouvez y passer la nuit dans des hôtels plus haut de gamme ou des demeures patrimoniales comme le Nilambag Palace Hotel : ce joyau architectural de 1859 mêle harmonieusement la splendeur gothique européenne et la grandeur des palais rajpoutes. Ses salons ornés de lustres en cristal, ses boiseries sombres et ses galeries de portraits vous replongent instantanément à l’époque des grands souverains du Gujarat.

Namaskar ! Oui c’est sûrement le pèlerinage le plus fascinant de la foi jaïne. Et je suis bien d’accord, on peut être seul(e) avec soi-même sur ce parcours méditatif. Jai Ho ! Mathini
Conseillée par des amis jains de Mumbai, j’ai effectué le pélerinage à Palitana avant de me rendre à Mount Abu
Quelle spiritualité émane de ce lieu avec ses nombreux
temples ou, en cherchant bien, l’on peut se retrouver seul
dans un temple & méditer tranquillement
Jai Hind !
Oui sûrement un festival jaïn car normalement c’est calme. Donc, oui, on passe beaucoup plus de temps dans ce cas là 🙂
Il y a eu plusieurs cérémonies dans différents temples, j’y étais la bienvenue alors j’en ai profité , peut-être un jour exceptionnel ?
Bonjour Charlotte, merci de votre message. Oui, tout dépend peut-être du rythme de la personne. Pour moi avec une demi-journée,j’étais très large ! Je vais tout de même le préciser dans mon article, bien cordialement 🙂
Une demi-journée pour bien profiter de ce temple exceptionnel me semble bien juste.
J’y ai passé la journée et je n’ai pas tout vu !
oui à ajouter à votre liste ! 🙂 bien amicalement, Mathini
Bonjour
Comme d’habitude magnifique dans mes tablettes pour un prochain voyage.
Vite que le tourisme reparte impatient
Cordialement