
Modhera s’élève sur une terre légendaire, sanctifiée par le passage du dieu Rama et de son épouse Sita lors de leur retour triomphal du Sri Lanka, après la défaite du roi-démon Ravana. Portés par la sacralité de ce sol, les souverains Solankis y firent éclore un temple du Soleil d’une pureté exceptionnelle. Par sa splendeur et son raffinement, l’édifice soutient fièrement la comparaison avec le monumental temple de Konark dans l’Odisha.
La cité de Modhera est intimement liée à la lignée brahmanique des Modhas, qui y trouve ses origines. La tradition locale raconte que ce territoire leur fut offert en krsnarpana (cadeau rituel) lors du mariage mythique du dieu Rama et de son épouse Sita.

Les chroniques mythologiques du Skanda Purana racontent la quête de rédemption du dieu Rama après sa victoire sur le roi-démon Ravana. Désireux de laver sa faute, il sollicita le sage Vasishta Muni pour découvrir un Dharmaranya Kshetra, une terre sainte propice à la pénitence. Mené jusqu’aux terres de Modhera, le seigneur Rama s’arrêta dans le village de Modherak afin d’y accomplir un yajna sacré. C’est de ce site rituel originel que la ville actuelle de Modhera a hérité son nom et sa sacralité.
Lié à l’origine au complexe du temple du Soleil de Modhera, le temple de la déesse Modheshwari (déité de la lignée brahmanique Modha) est désormais implanté à Mehsana, à 15 km à l’ouest de son site initial. Manifestation de la déesse Durga, Matangi Modheshwari Mata possède une riche iconographie à dix-huit bras. Chacune de ses mains porte une arme ou un attribut symbolique spécifique : le trishul (trident), la khadga et le talwar (épée et sabre), le kamandalu (vase rituel), la shankha (conque sacrée), la gada (massue d’armes) ou encore le damaru (tambour d’apparat).
Bâti en 1026 sur les rives de la rivière Pushpawati, à une centaine de kilomètres d’Ahmedabad, le temple du Soleil de Modhera vit le jour sous le règne de Bhima Deva 1er, illustre souverain de la dynastie des Solankis.

Parce que les Solankis se croyaient issus de la Suryavamsha, la lignée mythique du Soleil, ils offrirent ce temple en hommage à Surya. L’amour de ces rois pour les arts et l’architecture se reflète dans la postérité de leurs réalisations. Ce temple en est le vibrant témoin, au même titre que le somptueux Rani-Ki-Vav de Patan, les temples jaïns nichés à Taranga, ou les vestiges duRudra Mahal à Siddhpur.
Malgré les ravages causés par les vagues d’invasions successives, le temple du Soleil conserve une majesté saisissante. Les vestiges de ce chef-d’œuvre architectural permettent d’en imaginer la beauté originelle et rappellent au visiteur l’importance spirituelle majeure de ce lieu sacré.

Chef-d’œuvre d’ingénierie, le complexe du temple a été bâti selon les préceptes du Shilpa Shastra, le traité traditionnel codifiant les arts et l’architecture sacrée en Inde. Dans le cadre architectural, ces textes anciens dictent des règles strictes qui définissent aussi bien l’agencement des structures que les proportions, la composition géométrique et le symbolisme des motifs sculptés.

Des calculs astronomiques d’une grande précision ont présidé à la création de ce sanctuaire. Érigé sur le tropique du Cancer, l’édifice orchestrait un véritable miracle lumineux : aux jours exacts des équinoxes, l’alignement architectural permettait aux premiers éclats de l’aube de traverser le temple pour venir couronner l’idole principale.

Prélude grandiose au sanctuaire, un remarquable bassin à la régularité géométrique parfaite s’offre au regard. C’est dans ce grand réservoir de 50 mètres sur 20 que le temple aime à refléter sa superbe ; un miroir d’eau sacré qui accueillait jadis les fidèles pour leurs ablutions rituelles.

Le pourtour du bassin est jalonné de 108 petits sanctuaires, complétés par quatre temples majeurs dédiés à Vishnou (à l’est), Ganesh et Sitala Mata (au sud) et Nataraja (à l’ouest). Structuré sur quatre niveaux, le kunds’appuie sur un ingénieux réseau d’escaliers pyramidaux permettant de descendre vers l’eau, une caractéristique architecturale emblématique des puits à degrés du Gujarat.

À l’entrée, les deux piliers rescapés d’une imposante torana marquent solennellement le seuil du Sabha Mandapa. Ce hall, dédié aux réunions sacrées et aux fêtes rituelles, déploie une superbe structure octogonale ouverte sur l’extérieur. Une véritable forêt de 52 piliers ornés y soutient le regard : chaque colonne y est un chef-d’œuvre de sculpture, immortalisant les récits du Ramayana, les batailles du Mahabharata et les mythes entourant la vie de Sri Krishna


Dans le prolongement du hall des rassemblements, un second bâtiment repose sur un soubassement sculpté en forme de lotus. Il se compose d’un mandapa (hall) menant au garbhagrha, le sanctuaire central où siégeait jadis l’idole de Surya. Ce cœur sacré fut malheureusement profané et dépouillé de sa statue divine lors de la mise à sac du temple par le sultan Mahmoud de Ghazni.

L’architecture du sanctuaire orchestrait un véritable miracle de lumière : aux matins des équinoxes, les premiers rayons du soleil s’alignaient parfaitement pour venir couronner le visage de Surya. Les pierres précieuses qui incrustaient la divinité solaire s’embrasaient alors, révélant toute la sacralité du lieu.

À l’intérieur du gudha mandapa, douze niches accueillent les effigies des douze Adityas, les manifestations du dieu Soleil. Les murs déploient également une riche iconographie profane et sacrée, ornée de sculptures qui retracent de manière universelle le cycle de la vie humaine, du premier souffle jusqu’à son trépas.

Les façades extérieures vibrent d’une incroyable profusion de détails. Les sculptures y célèbrent la vie sous toutes ses formes : la statuaire divine y côtoie la richesse de la faune et de la flore, mais aussi des représentations érotiques. Ces motifs sensuels, loin d’être isolés, s’inscrivent dans une tradition esthétique et philosophique commune à une grande partie de l’art temple hindou.


Pour célébrer la course du soleil, l’office du tourisme du Gujarat orchestre le festival de danse de Modhera, ou Uttarardh Mahotsav. En rassemblant des maîtres de la scène et des troupes venus de toutes les provinces, l’événement tisse un panorama grandiose des traditions chorégraphiques et classiques de l’Inde, où l’architecture de pierre et la grâce des corps ne font plus qu’un…
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Poursuivant le voyage à une quinzaine de kilomètres de Modhera, Mehsana révèle la richesse de son patrimoine religieux, porté par la ferveur de la foi jaïne dont elle est un pôle de pèlerinage majeur. Son fleuron architectural, le temple de Simandhar Swami, se dresse fièrement sur la route d’Ahmedabad en hommage au tirthankara contemporain. À l’intérieur, le regard est immédiatement saisi par une spectaculaire statue de marbre blanc de 9 mètres de haut, érigée en 1971 sous la direction spirituelle d’Acharya Kailassagarsuri Maharaj Saheb.


À Becharaji s’élève le célèbre temple de Bahuchar Mata, une manifestation de la déesse hindoue honorée pour ses pouvoirs liés à la fertilité. Le site est particulièrement connu pour son lien indissociable avec les hijras, les membres du troisième genre en Inde, qui vénèrent en cette divinité leur sainte patronne et la gardienne de leur identité…
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