
Capitale historique du Gujarat jusqu’au transfert de la cour à Ahmedabad par le sultan Ahmed Shah en 1411, l’ancienne ville fortifiée de Patan brille aujourd’hui par deux trésors uniques. Elle abrite le spectaculaire Rani-Ki-Vav, un puits à degrés de l’époque Solanki, classé au patrimoine mondial de l’humanité, et demeure le berceau du tissage des prestigieux saris Patola.

Joyau de l’architecture Solanki, le Rani-Ki-Vav (« puits de la Reine ») fut érigé vers 1050 à l’initiative de la reine Udayamati, en hommage à son défunt époux le roi Bhimdev I dynastie Solanki). Victime des crues de la rivière Saraswati qui l’ensevelirent totalement, l’édifice ne fut mis au jour qu’en 1960 grâce aux fouilles de l’Archaeological Survey of India.

Déployant des dimensions spectaculaires (64 m de long, 20 m de large et 27 m de profondeur), il s’impose comme l’un des plus grands puits à degrés du sous-continent indien, ces structures traditionnelles dévolues à la collecte de l’eau dans les zones désertiques.

Pensé comme un véritable temple souterrain inversé, le site s’articule autour de sept paliers richement sculptés. Près de 500 sculptures majeures et un millier de bas-reliefs composent un panthéon sacré, mythologique et profane.

L’ensemble s’achève à l’ouest par un puits circulaire de 10 mètres de diamètre plongeant à une profondeur de 30 mètres, relié au quatrième niveau à une vaste citerne.

Patan est également le berceau des célèbres saris Patola, fleuron du tissage de la soie en « double ikat ». Cette technique unique consiste à teindre minutieusement, à intervalles précis et selon toutes les nuances du motif final, les fils de trame et de chaîne avant le tissage. C’est la juxtaposition rigoureuse de ces fils colorés lors du travail sur le métier qui fait éclore le dessin.

Une étoffe Patola présente la particularité d’être totalement réversible, rendant l’endroit et l’envers rigoureusement identiques. Teints à l’aide de pigments naturels pour les saris haut de gamme, les motifs défient le temps et sont réputés durer plus de 300 ans.

Un tel niveau de précision exige de six mois à un an de confection, ce qui explique leur rareté et leur coût prestigieux, les premiers prix débutant autour de 2 000 euros.

Cet art d’exception ne tient plus qu’à un fil : des 700 familles d’origine, seules trois veillent encore sur ce patrimoine technique, à l’image de la famille Salvi. Acteurs majeurs de cette sauvegarde, ils ont fondé un musée consacré au Patola à proximité du Rani-Ki-Vav. En plein centre-ville, leur modeste atelier reste le gardien d’un savoir-faire unique et d’une esthétique rare.

Ce monument compte parmi les grands réservoirs artificiels construits dans le Gujarat sous le règne du roi Solanki Siddhraj Jaisinh (1093-1143 apr. J.-C.), et se distingue comme l’un des plus impressionnants par sa taille. « Sahasralingam » doit son nom aux innombrables sanctuaires miniatures alignés sur ses berges. Si ces derniers abritaient initialement un Shivalingam, ils furent malheureusement vandalisés à la fin de la période médiévale. Avis aux passionnés d’histoire et de vieilles pierres.

L’empreinte du jaïnisme à Patan se devine à travers la centaine de temples que compte la ville, héritage de l’âge d’or de l’ère Solanki. Le temple de Panchasara Parsvanatha en est le plus noble représentant. Dédié à Parsvanath, le XXIIIe Tirthankara ayant vécu au IXe siècle avant notre ère, ce monument du XVIe siècle déploie un dédale de cours et de sanctuaires finement sculptés, propices à la contemplation.
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