
Ceinturant le nord de l’Inde, l’Himalaya est considéré comme la demeure mythique de Shiva, l’une des divinités majeures de la Trimurti. Il n’est donc guère surprenant que cette chaîne montagneuse abrite de nombreux sites de pèlerinage dédiés au « seigneur du mont Kailash ». Parmi eux figurent les célèbres « Panch Kedar » situés dans l’État de l’Uttarakhand. Si « Panch » signifie « cinq » en hindi, « Kedar » est l’un des noms donnés à Shiva ; cet ensemble désigne ainsi cinq lieux hautement sacrés, piliers du culte shivaïte : Kedarnath, Madhmaheshwar, Tungnath, Rudranath et Kalpeshwar.
Le yatra des Panch Kedar puise ses origines dans le Mahabharata. Après la guerre de Kurukshetra, les frères Pandavas,en quête de pardon pour avoir tué leurs cousins, cherchèrent Shiva. Pour leur échapper, ce dernier prit la forme d’un buffle et se réfugia dans l’Himalaya.

Repéré à Guptakashi par Bhima, le dieu s’enfonça dans le sol avant de réapparaître en cinq lieux distincts, chaque sanctuaire correspondant à une partie de son corps : la bosse à Kedarnath, les bras à Tungnath, le visage à Rudranath, le nombril et l’estomac à Madhyamaheshwar, et la chevelure à Kalpeshwar. En édifiant un temple sur chacun de ces sites, les Pandavas obtinrent enfin l’absolution après un ultime sacrifice (yagna) à Kedarnath.

Atteindre ces cinq sanctuaires exige une randonnée allant de 4 à 40 km. Pour faciliter votre ascension, la location de poneys ou l’assistance de porteurs sont possibles ; Kedarnath est également accessible en hélicoptère.

Traditionnellement, le yatra se parcourt dans l’ordre suivant : Kedarnath, Madhyamaheshwar, Tungnath, Rudranath et Kalpeshwar. Pour clore ce périple spirituel, il est d’usage de visiter le temple de Badrinath, afin de recevoir les bénédictions de Vishnou, le dieu préservateur.

Kedarnath s’impose comme le sanctuaire le plus prestigieux de ce pèlerinage. Il occupe une place unique dans la spiritualité hindoue en étant à la fois l’un des cinq Panch Kedar, l’une des quatre étapes des« Chota Char Dham« (les « petites demeures » sacrées de l’Himalaya), et l’un des douze « Jyotir Lingam » (lingams de lumière) où Shiva est ici vénéré sous la forme d’une bosse.

Perché à 3 583 m d’altitude, près du glacier Chorabari, le temple est accessible après un trek modéré de 18 km au départ de Gaurikund. La tradition veut que l’on passe une nuit sur place dans l’un des hébergements rustiques à proximité du sanctuaire, avant d’entamer le chemin du retour.

Le lieu dégage une atmosphère magique, surtout lors de l’arati matinal. À mesure que le soleil embrase les sommets enneigés, les pèlerins attendent avec ferveur cette offrande de flammes destinée au seigneur de l’Himalaya.

Face à la sérénité qui règne aujourd’hui à Kedarnath, il est difficile d’imaginer que ce site fut le théâtre de l’une des pires catastrophes naturelles de l’Inde. En juin 2013, des pluies diluviennes provoquèrent le débordement du glacier Chorabari, entraînant des crues soudaines qui coûtèrent la vie à plus de 4 000 pèlerins. Miraculeusement, la structure du temple resta intacte, ne portant que quelques fissures. Pourtant, treize ans plus tard, les stigmates de cette tragédie restent encore visibles tout autour du sanctuaire.


Madhmaheshwar, le deuxième des Panch Kedar, est un modeste temple en pierre de style Nagara perché à 3 497 m d’altitude. Adossé à une forêt centenaire, le site domine des prairies alpines verdoyantes et abrite le nombril et l’estomac du dieu Shiva. Le trek de 18 km au départ de Ransi s’effectue généralement en deux jours, avec une étape nocturne dans le village pittoresque de Gaundar, niché au bord de la rivière

Si le tronçon entre Ransi et Gaundar est abordable, l’ascension vers le village de Nanu (où il est possible de séjourner) se révèle plus exigeante. De là, deux heures de marche suffisent à atteindre le temple. Pour une expérience mémorable, poursuivez sur 2 km jusqu’au plateau de Budha Madhmaheshwar : vous y découvrirez un petit lac glaciaire où se reflètent majestueusement les sommets du Chaukhamba.


Tungnath, le sanctuaire hindou le plus élevé au monde (3 680 m), est considéré comme le plus beau des Panch Kedar. Selon la légende, c’est ici que les bras de Shiva sont réapparus. Perché sur une falaise face aux sommets enneigés, le temple abrite des effigies de Vyasadeva, de Kalabhairava et des Pandavas, ainsi qu’un petit sanctuaire dédié à la déesse Parvati.
Le trek de 7 km débute à Chopta (3 à 4 h de marche). Pour une vue panoramique inoubliable, il est possible de prolonger l’ascension jusqu’au pic de Chandrashila (3 690 m).


Considéré comme le plus exigeant des Panch Kedar, le trek de Rudranath (40 km aller-retour) impose une montée raide réservée aux marcheurs aguerris. La fatigue est toutefois vite oubliée face aux paysages grandioses de prairies alpines et de forêts denses, offrant une vue imprenable sur les sommets du Trishul, du Nanda Devi et du Parbat. Le départ peut se faire depuis Sagar, Helang, Urgam ou directement depuis le temple de Kalpeshwar.

Le trek au départ de Sagar s’étend sur 12 km jusqu’à Panar Bugyal, avec une halte bienvenue à Litti pour se restaurer. À Panar, vous pourrez loger en chambre d’hôtes ou bivouaquer. Les 8 km suivants jusqu’au temple sont exigeants, passant par le village de Pitrudhar et le col de Naola, suivis d’une dernière ascension de 4 km.
Le temple de Rudranath, modeste édifice en pierre bâti autour d’une grotte, abrite le visage (mukha) de Shiva, vénéré sous le nom de « Neelakantha Mahadeva.

L’accès au temple de Kalpeshwar est le plus aisé des cinq sites, et c’est également le seul à rester ouvert toute l’année. Pour l’atteindre, le départ se fait généralement du village de Helang, suivi d’une marche de neuf kilomètres jusqu’au village d’Urgam où vous trouverez des possibilités d’hébergement et de restauration.

Il vous restera ensuite deux kilomètres à parcourir pour arriver au sanctuaire. Des points de départ plus proches sont également possibles, comme depuis Urgam ou le village de Devgram situé à seulement cinq cents mètres du temple.

La location d’un taxi demeure l’option la plus pratique, car elle offre la flexibilité nécessaire pour parcourir ces longues distances tout en profitant des lieux d’intérêt sur votre route.
Si vous privilégiez un voyage économique, un bus effectue la liaison chaque matin à partir de cinq heures depuis Gaurikund, à proximité de Kedarnath, et dessert tous les points de départ des sentiers menant aux Panch Kedar.

Durée du Yatra : compter de 13 à 16 jours suivant votre niveau de trekking.
Prix : pas moins de 1000 euros pour 2 personnes pour 2 semaines si vous louez un taxi.
Logement : les hôtels sont plutôt basiques, cela fait aussi partie de l’aventure des Panch Kedar.
Poneys et porteurs : consulter les prix officiels avant de vous adresser à un porteur ou à un propriétaire de poney.
Hélicoptère pour Kedarnath à partir de Guptkashi : 4720 (aller), 7000 (aller-retour) roupies (prix 2022).

À l’exception de Kalpeshwar, tous les sanctuaires des Panch Kedar ferment leurs portes durant la saison hivernale, généralement d’octobre à avril. Cette fermeture est rendue nécessaire par l’épais manteau neigeux qui recouvre ces sites de haute altitude, les rendant inaccessibles et isolés jusqu’au retour du printemps.

Les périodes idéales pour entreprendre le pèlerinage des Panch Kedar se situent au printemps, en mai et juin, puis à l’automne, durant les mois de septembre et octobre. À l’inverse, je vous déconseille formellement de planifier votre voyage durant la mousson, de juillet à août, car les fortes précipitations augmentent considérablement les risques de glissements de terrain.

Durant la fermeture hivernale des quatre sanctuaires, les divinités de procession appelées Uthsavar sont transférées vers des lieux plus accessibles. Les effigies de Kedarnath et de Madhyamaheshwar sont ainsi déplacées vers le temple d’Omkareshwar à Ukhimath. De la même manière, la divinité de Tungnath est vénérée à Makkumath, tandis que celle de Rudranath est temporairement installée à Gopeshwar pour continuer de recevoir les hommages des fidèles.

Ce Yatra implique des treks de haute altitude avec des distances pouvant atteindre 40 kilomètres. Une excellente condition physique est indispensable, et il est vivement conseillé de suivre une préparation sportive régulière durant les mois précédant votre départ. Si vous souffrez d’une pathologie respiratoire, il est naturellement préférable de vous abstenir d’entreprendre ce pèlerinage.
