
Présente sur les hauts plateaux du Bastar (Chhattisgarh), les Dandami Maria constitue une branche emblématique des Gond à l’identité préservée. Sa culture atteint son apogée lors de la « danse du bison », rituel où la puissance animale est invoquée au son de tambours monumentaux. Cette vitalité se manifeste pleinement lors du Bastar Dussehra, festival unique de 75 jours, lorsque le peuple converge vers Jagdalpur pour rendre hommage à la déesse Danteshwari, fusionnant ferveur mystique et dignité guerrière.
Les Dandami Maria constituent une branche majeure de l’ethnie Gond établie au cœur des plaines du Bastar dans l’État du Chhattisgarh. Contrairement aux groupes vivant en altitude comme les « Hill Maria », ils ont développé une culture de plaine axée sur une agriculture sédentaire tout en préservant un lien sacré avec la forêt primordiale.

Sur le plan linguistique ils pratiquent un dialecte dravidien qui témoigne de leur ancienneté sur le territoire indien bien avant les migrations aryennes. Cette origine fait d’eux des adivasi, terme désignant les habitants originels de la péninsule indienne, soulignant leur statut de gardiens d’une culture pré-hindoue.

Fidèles à un système clanique rigoureux comme celui du peuple Muria, ils placent le respect des ancêtres et de la nature au cœur de leur existence. Cette dévotion se matérialise par les Mritak Stambh, des sanctuaires qui incarnent la gratitude de la collectivité et un vibrant hommage à la mémoire de l’être cher.

La danse du bison (ou dandari) constitue l’expression artistique et rituelle la plus emblématique des Dandami Maria, s’affirmant comme le pilier central de leur identité culturelle dans le Bastar.


L’élément fondamental de cette cérémonie réside dans la coiffe spéciale confectionnée à partir de cornes de bison authentiques portées par les hommes. Il convient de préciser que l’animal désigné sous le nom de « bison indien » appartient en réalité à l’espèce du Gaur, soit le plus grand boviné sauvage de la planète. Ce mammifère emblématique impressionne par ses dimensions puisque les mâles adultes atteignent souvent une tonne pour une hauteur de deux mètres au garrot.

Traditionnellement, les cornes utilisées pour les coiffes de danse provenaient de Gaurs chassés ou trouvés morts en forêt. Aujourd’hui, par respect pour la conservation de l’espèce (classée vulnérable), les cornes peuvent être remplacées par celles du buffle. Ces objets précieux circulent néanmoins au sein des familles et se transmettent de génération en génération comme des reliques sacrées.

La parure de bison se trouve magnifiée par des rangées de cauris qui retombent devant le visage du danseur. Une immense huppe composée de plumes de paon ou de coq vient couronner l’ensemble, apportant une verticalité harmonieuse à la structure.

La danse est une prouesse physique qui imite le comportement d’un troupeau de bisons en mouvement : les danseurs inclinent et balancent la tête avec brusquerie, mimant les coups de cornes et l’observation vigilante de l’animal.
Les hommes se déplacent généralement en cercle ou en lignes serpentines, frappant le sol avec force pour marquer leur présence sur la terre. La danse alterne entre des moments de piétinement lent et des charges soudaines, évoquant la puissance d’un mâle dominant.
Le rythme est dicté par les hommes eux-mêmes, qui portent de lourds tambours cylindriques appelés Madiya Dhol creusés dans des troncs d’arbres. Ces percussions en bois et peau de chèvre produisent un son sourd et profond qui s’entend à des kilomètres à travers la forêt.

Porter l’énorme dhol tout en dansant avec une coiffe pesant plusieurs kilos demande une endurance exceptionnelle. Sous les coups alternés de la main et de la baguette, les tambours résonnent des deux côtés, créant une polyrythmie complexe qui hypnotise autant les participants que les spectateurs.

En complément de la présence masculine, les femmes Dandami Maria se révèlent indissociables de la cérémonie par leur rôle essentiel de gardiennes du rythme. Vêtues de saris rouges simplifiés et parées de multiples colliers de perles ainsi que des bijoux en pièces de monnaie, elles forment un cercle extérieur protecteur autour des danseurs.

Leur contribution sonore repose sur l’usage de longs bâtons en fer appelés tirududi, lesquels sont surmontés de clochettes évoquant la forme de gousses ou de feuilles repliées. En frappant le sol de manière synchronisée, elles produisent une percussion métallique et cristalline qui tranche avec le son grave des tambours. Cette alliance de timbres assure l’équilibre acoustique de la danse.
Le véritable cœur battant de la vie spirituelle des Dandami Maria s’exprime lors du Bastar Dussehra, une célébration unique s’éloignant du récit classique du Ramayana pour honorer la déesse Danteshwari. Ce festival exceptionnel s’étire sur soixante-quinze jours, s’imposant comme le plus long du monde, et voit les communautés converger vers Jagdalpur dans un élan de dévotion collective.
Au fil des festivités, des milliers d’Adivasis quittent leurs villages, transportant les Anga Deo sur leurs palanquins. Ce pèlerinage vers la déesse souveraine marque le point d’orgue de cette grande réunion de clans.
Bien que cet événement comporte de nombreux rituels ésotériques, la danse du bison ouvre généralement le bal, une tradition que l’on retrouve également lors du festival de Madai Fagun à Dantewara.
Dans les rues de Jagdalpur, les cercles de danseurs se forment spontanément. Sous l’effet des percussions incessantes et de la ferveur religieuse, la danse atteint une dimension mystique. Les Dandami Maria ne dansent plus pour le spectacle, mais pour affirmer leur existence et leur lien indéfectible avec la déesse.
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