
Posée sur les rives azurées de la mer d’Oman, la ville portuaire de Mangaluru (Karnataka) est un carrefour historique du négoce du café et de la noix de cajou. Entre estuaires et collines verdoyantes, elle se distingue par ses temples anciens, à l’image du sanctuaire de Mangaladevi, qui a inspiré son nom et par ses plages dorées ourlées de cocotiers, offrant un séduisant avant-goût du Kerala.

Mangaluru tire précisément son nom de la déesse hindoue Mangaladevi, vénérée dans le sanctuaire éponyme. Selon la tradition locale, une princesse du Malabar (l’actuel Kerala) nommée Parimala ou Premaladevi aurait renoncé à son trône pour devenir la disciple de Matsyendranath, fondateur de la tradition Natha. Rebaptisée Mangaladevi, elle tomba gravement malade et s’éteignit près du quartier de Bolar, où ce temple fut érigé en sa mémoire.

Au pied de la colline verdoyante de Kadri se dresse le temple de Manjunatheshwara, un sanctuaire dédié au dieu Shiva érigé aux alentours des Xe et XIe siècles. Son trésor le plus précieux est une magnifique idole de bronze représentant Manjunathaswamy, considérée comme l’une des plus anciennes et des plus remarquables de toute l’Inde du Sud.

Le bâtiment principal est entouré de plusieurs sanctuaires secondaires consacrés à Ganesha, Vishnou, Shasta, à la déesse Durgaparmeshwari.

En haut du temple, l’atmosphère s’apaise autour de sept bassins sacrés nichés au cœur d’un jardin et alimentés par une source naturelle jaillissant d’une caverne. Les pèlerins y viennent traditionnellement accomplir leurs ablutions purificatrices avant de pénétrer dans l’enceinte sacrée.

En empruntant les marches qui s’élèvent sur les pentes de la colline de Kadri, la montée mène d’abord à un temple dédié au dieu-singe Hanuman. En sortant de ce sanctuaire, une impressionnante statue géante de la divinité se dresse en vigie, veillant en véritable gardienne des lieux.

Perché au sommet de la colline de Kadri, le Sri Yogeshwar Mutt (ou monastère) a été fondé par le yogi Matsyendranath, grande figure de la tradition des Nath Yogis.

Cet ordre religieux et philosophique, profondément ancré dans le shivaïsme, s’inscrit dans la lignée du yoga tantrique, fondé sur la transmission directe et intime de maître à disciple ; le terme nath désignant précisément le « passeur » ou celui qui transmet l’enseignement.
Tout près du monastère se cache une grotte vénérée : selon la légende, les frères Pandava de l’épopée du Mahabharata y auraient trouvé refuge lors de leur exil.

Ce lieu empreint de mystère a également abrité, en 1924, le saint homme Swami Ramdas (1884–1963). À l’issue d’une année d’un pèlerinage mendiant à travers toute l’Inde, il s’y retira en ascèse pendant trois mois. Après d’intenses pratiques spirituelles, c’est dans cette même grotte qu’il fit l’expérience du nirvikalpa samadhi, l’immersion totale dans la conscience divine. C’est d’ailleurs durant ce séjour marquant qu’il rédigea son célèbre journal de voyage spirituel « en quête de Dieu« .

le temple Kodial Sri Venkataramana, fondé au XVIIe siècle et administré par les Brahmanes Gowd Saraswat, est dédié à Vishnou selon la tradition Madhwa Vaishnava. Son temps fort est un festival de chars de six jours, attirant des milliers de fidèles. Plus qu’une célébration, la procession revêt une forte portée allégorique : le char symbolise le corps humain et la divinité, l’âme, dont la sagesse guide et maîtrise les passions de la chair.

Tout de rouge et d’or vêtu, le temple de Kudroli Gorakhnath fut édifié en 1912 sous l’impulsion spirituelle du grand réformateur Sri Narayana Guru. Principalement dédié au dieu Shiva, cet édifice remarquable a vu le jour pour répondre aux besoins spirituels et offrir un lieu de culte émancipateur à la communauté Billava.

Traditionnellement attachée aux travaux de la terre dans le Karnataka et le Kerala, la communauté des Billavas a longtemps été entravée par les barrières rigides de l’intouchabilité. Au début du XXe siècle, l’impulsion du grand réformateur Sri Narayana Guru a marqué un tournant historique majeur, leur offrant un formidable levier d’émancipation sociale et spirituelle.

Bien que la Constitution indienne ait officiellement banni l’intouchabilité en 1947, les Dalits (les « opprimés », qui représentent près de 170 millions de personnes) subissent encore les stigmates de cette exclusion. C’est précisément pour combattre ces injustices que le maître visionnaire Sri Narayana Guru a lutté toute sa vie contre les discriminations de caste.


Situé à Bolar, à trois kilomètres du centre de Mangaluru, le temple de Mangaladevi — qui a donné son nom à la cité — présente une architecture typique du Kerala, bien que son toit en tôle vienne parfois altérer l’harmonie visuelle du site.
À l’entrée, un vénérable figuier des pagodes (pipal), arbre hautement sacré dans l’hindouisme, accueille les visiteurs : la coutume veut que l’on en fasse le tour à plusieurs reprises pour formuler un vœu. Le sanctuaire connaît son plus grand rayonnement lors du dernier jour de Navaratri, le festival dédié à la Mère Divine, durant lequel une somptueuse procession de chars (Rathotsava) transporte la divinité à travers les rues avoisinantes.

Située à une dizaine de kilomètres au sud du centre-ville, la magnifique plage de sable fin de Someshwar Beach s’étire à proximité d’Ullal. Avec ses eaux limpides et ses superbes palmeraies, son décor rappelle irrésistiblement les rivages de Goa, plus au nord.

Dominant les lieux depuis son promontoire, le vénérable temple de Somanatha, vieux de trois cents ans et dédié au dieu Shiva, offre un havre de paix ainsi qu’une vue panoramique imprenable sur la mer d’Oman.

Merci Ady, toujours un sympathique message de votre part 🙂
Bonjour
Comme d’habitude reportage magnifique
Cordialement
Ady